Elections au Maroc: un échec retentissant sur fond de dégradation de la situation sociale

Les élections législatives au Maroc ont enregistré une nette désaffection des électeurs, dans un contexte marqué par une dégradation de la situation sociale ayant engendré un mécontentement populaire et une grave crise de confiance.
Cette situation traduit une profonde crise de confiance entre le citoyen et les institutions élues, notamment parmi les jeunes. Des rapports de la société civile marocaine relèvent que la migration irrégulière et les traversées clandestines, ainsi que les protestations sociales sont devenues des moyens d’expression alternatifs au vote.
La situation économique a également largement contribué à la désaffection des électeurs, avec une hausse des prix de 12% durant l’année en cours et une aggravation du chômage, selon le Haut-Commissariat au plan (HCP). A cela, s’ajoute la faiblesse des programmes des partis, marquée par l’absence de solutions concrètes aux crises sociales et la répétition de promesses non tenues depuis les élections de 2021.
Dans ce contexte, des rapports de défense des droits humains ont fait état d’un recours important à l’argent dans les campagnes électorales, ce qui a affaibli le principe d’égalité des chances, en permettant aux candidats et aux partis disposant de ressources financières importantes, ainsi qu’aux grandes formations bénéficiant davantage du soutien public, de dominer la scène électorale.
Cette situation a suscité un large débat sur la transparence, l’intégrité et l’équité du processus électoral. L’utilisation de l’argent a ainsi créé un fossé entre les candidats et rapproché le processus électoral au Maroc davantage d’une compétition financière que d’une confrontation de programmes, au détriment de la population marocaine, confrontée à une situation sociale marquée par de nombreux dysfonctionnements.
Dans ce contexte, le Parti de la justice et du développement (PJD) a qualifié le niveau de participation de « douloureux », estimant que ce résultat reflète « l’échec du gouvernement dans les domaines de la croissance et de l’emploi ».
Le parti a vivement critiqué l’utilisation de l’argent dans les campagnes électorales, estimant qu’elle avait « affaibli le principe d’égalité des chances », et soulignant qu’une véritable démocratie ne pouvait être fondée sur l’achat des voix. Le parti « Al Adl Wal Ihsane », qui avait auparavant annoncé son boycott des élections législatives, a estimé que le taux de participation annoncé confirme « l’échec absolu du processus de participation, avec ses institutions et ses politiques », ajoutant que le Makhzen « a échoué malgré toute sa propagande intensive et toute sa répression des voix appelant au boycott, en les empêchant d’accéder aux médias et à l’espace public », tout comme « l’ensemble des partis ont échoué à convaincre le peuple de participer ».
Dans le même contexte, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) a affirmé que l’argent électoral avait contribué à affaiblir la confiance des citoyens dans les institutions, appelant à renforcer l’intégrité du processus électoral. De son côté, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) a laissé entendre que les promesses électorales formulées par certains partis participant aux élections « n’étaient pas réalistes », soulignant que les résultats imposent au gouvernement de s’attaquer aux problèmes liés à la santé, au chômage et au pouvoir d’achat des citoyens marocains.
La forte désaffection enregistrée révèle que les dernières élections n’ont pas entraîné de changements substantiels dans les rapports de force, mais ont plutôt reproduit les mêmes défis liés à la défiance à l’égard des promesses des partis et à la faiblesse de leurs programmes, qui ne parviennent pas à convaincre les citoyens de la nécessité de se rend re aux urnes.
La presse étrangère, notamment espagnole, n’a pas manqué de relever la désaffection enregistrée lors des élections législatives au Maroc, critiquant « vivement » cette situation et estimant qu’elle traduit « une profonde crise de confiance » entre le citoyen marocain et le processus politique, tout en soulignant que l’argent a vidé le processus démocratique de son contenu.
Elle a également relevé que les législatives marocaines ont reproduit les mêmes équilibres politiques, sans changement substantiel, considérant que les promesses de créer un million d’emplois et d’augmenter les salaires à des niveaux irréalistes ne sont que « des outils de propagande dépourvus de plans concrets », estimant que le Maroc « n’est pas parvenu à présenter un modèle démocratique convaincant », dans un contexte marqué par la persistance de l’influence de l’argent et la propagation de la corruption.
(APS)




