AG de l’ONU: l’Afrique réclame davantage de poids dans l’ordre mondial

Plusieurs pays africains ont réclamé ces derniers jours, devant l’Assemblée générale des Nations unies, davantage de poids dans l’ordre mondial, qui continue de distribuer inégalement le pouvoir, les richesses et le droit de fixer les règles, plus de 80 ans après la création de l’organisation.
L’Afrique veut davantage de représentation dans les institutions internationales, davantage de contrôle sur les ressources nationales et davantage de poids dans l’élaboration des règles nouvelles. « Le monde de 1945 n’est plus », a martelé la Première ministre congolaise, Judith Suminwa Tuluka. « Révolution numérique, transition énergétique, dérèglement climatique : les équilibres ont changé », a-t-elle fait valoir, mais les institutions chargées de les organiser restent « trop souvent le reflet d’un ordre qui n’existe plus ».
Pour Mme Tuluka, le problème tient aussi à l’application du droit international. « Il ne peut en réalité y avoir de confiance durable lorsque la force de nos principes proclamés varie selon les peuples, les crises ou les circonstances ». Du Sénégal au Niger, en passant par la Côte d’Ivoire, cette défiance envers un système jugé insuffisamment représentatif a traversé nombre des discours prononcés par les dirigeants africains à New York. Mais si le diagnostic rassemble, les réponses divergent.
Le Niger, par la voix de son Premier ministre, Ali Lamine Zeine, a dénoncé l’image entretenue d’une Afrique « condamnée » à dépendre de l’assistance internationale tandis que » ses richesses sont arrachées et/ou séquestrées au bénéfice d’autres agendas ». Il a accusé la France de chercher à maintenir son pays sous tutelle, décrit le terrorisme au Sahel comme une entreprise de « recolonisation » et dénoncé des institutions internationales devenues « des instruments d’un ordre mondial où certains peuples comptent et d’autres survivent ».
Le Mali a développé une critique similaire. Son ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a fustigé « l’application sélective » du droit international, la politique du « deux poids deux mesures » et les logiques « d’hégémonie » et de « domination ». Le président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a évoqué, pour sa part, une « crise de confiance » envers les institutions internationales, appelant à une ONU « plus forte, plus représentative et plus efficace ».
Face au terrorisme, il entend travailler avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’Union africaine et les Nations unies.
« Le Sahel ne doit pas être abandonné à son triste sort », a-t-il dit. Par ailleurs, la souveraineté économique a été également au centre des préoccupation des dirigeants africains, mettant l’accent sur la nécessité de ne plus cantonner l’Afrique au rôle de fournisseur de matières premières.
Ainsi, la Guinée équatoriale a plaidé pour une coopération permettant aux pays africains de transformer eux-mêmes leurs ressources, de développer leurs chaînes de valeur et d’acquérir les technologies nécessaires à leur industrialisation.
« Une Afrique plus productive et plus industrialisée, c’est un partenaire plus fort au bénéfice de tous », a déclaré son vice-président, Teodoro Nguema Obiang Mangue. La président guinéen, Mamadi Doumbouya, a critiqué des « modes de gouvernance importés sans adaptation », tout en assurant ne pas rejeter la coopération internationale, mais rechercher un partenariat fondé sur la souveraineté et la « co-construction ».
Evoquant l’intelligence artificielle, la RDC a estimé que celle-ci « ne peut être l’apanage de quelques puissances ou entreprises ». Les pays en développement, a insisté Mme Suminwa Tuluka, doivent pouvoir participer à l’élaboration des règles autant qu’accéder aux technologies elles- mêmes. « La fracture numérique ne peut devenir une fracture de l’intelligence », a-t-elle dit.
(APS)




