Contestations de la GenZ au Maroc : trois jeunes tués, l’affaire gagne l’ONU

Le 1er octobre 2025, trois jeunes hommes ont été abattus par balles à Leqliaa, au sud du Maroc, lors d’une opération des forces de l’ordre contre des protestataires du mouvement GenZ 212.
Ces décès, survenus dans un climat de contestation sociale grandissant, ont rapidement franchi les frontières nationales : deux ONG, l’Association marocaine des droits de l’homme et Mena Rights Group, ont saisi les rapporteurs spéciaux des Nations Unies pour dénoncer un usage disproportionné de la force et réclamer une enquête indépendante.
Quelques heures après les événements, les autorités marocaines ont affirmé que les tirs étaient intervenus dans le cadre de la « légitime défense », alors que des manifestants auraient tenté de prendre d’assaut un poste de gendarmerie. Mais les ONG contestent cette version : selon elles, les victimes se trouvaient à distance des affrontements et ne représentaient aucune menace directe.
Cette contradiction met en lumière une crise de confiance autour de la gestion des manifestations par les forces de sécurité marocaines, et soulève des interrogations sur l’indépendance des enquêtes judiciaires, confiées au même corps de gendarmerie impliqué dans les tirs, ont souligné les deux organisations.
Le mouvement GenZ 212, né en septembre 2025, rassemble des centaines de jeunes Marocains. Ses revendications portent sur l’éducation, la santé et l’emploi, dans un pays où la génération Z représente près d’un quart de la population. Les slogans dénoncent les milliards investis dans les préparatifs de la Coupe d’Afrique des Nations 2027 et de la Coupe du Monde 2030, jugés prioritaires au détriment des services publics.
Selon l’Association marocaine des droits de l’homme, la répression a déjà entraîné des milliers d’arrestations et des centaines de blessés. Les familles des victimes, elles, dénoncent des violations graves : retard dans l’annonce des décès, restrictions sur les funérailles, absence d’accès aux autopsies, confiscation d’effets personnels.
Les ONG rappellent que le Maroc est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Convention contre la torture, qui imposent des enquêtes rapides et impartiales en cas de privation arbitraire de vie. Elles invoquent également les Principes de l’ONU sur l’usage de la force et le Protocole du Minnesota, qui exigent la participation des familles aux investigations.
L’absence de mesures conservatoires contre les agents impliqués et la diffusion d’une version officielle justifiant les tirs alimentent, selon elles, un climat d’impunité.
Alors que Rabat s’efforce de projeter une image positive sur la scène internationale en accueillant de grands événements sportifs mondiaux, cette affaire constitue un test crucial pour la crédibilité du pays. Les auditions et rapports attendus des mécanismes onusiens pourraient offrir une tribune de premier plan pour exposer les abus et violations des droits humains perpétrés par le Makhzen.
(Al24News)




