Séisme d’Al-Haouz au Maroc : deux ans après, 90 % des survivants vivent encore sous des tentes

Deux ans et demi après le séisme dévastateur de magnitude 6,8 qui a frappé la province d’Al Haouz et plusieurs régions du Haut Atlas le 8 septembre 2023, des milliers de familles marocaines vivent encore dans des conditions précaires.
La catastrophe d’Al-Haouz agit comme un révélateur brutal : derrière les discours rassurants du Makhzen (annonces gouvernementales en fanfare de reconstruction en faveur des sinistrés), la réalité est celle d’une population abandonnée, contrainte de survivre seule face à l’urgence.
Ce fossé béant entre les promesses éclatantes et la sombre réalité vécue sur le terrain est le fruit de politiques ultralibérales du gouvernement d’Aziz Akhanouch qui tournent le dos aux doléances locales, préférant investir dans des projets grandioses destinés à soigner l’image du régime.
Le contraste est saisissant : alors que le Maroc se félicite de l’avancée de ses chantiers sportifs pour accueillir la Coupe du monde, les sinistrés d’Al-Haouz continuent de protester pour obtenir une aide minimale. Une illustration flagrante d’une gouvernance à deux vitesses, où la vitrine internationale prime sur la détresse nationale.
Selon le dernier rapport du l’“Observatoire de la reconstruction post-séisme de l’Atlas”, présenté le 27 février 2026 par l’association Transparency Maroc, 90 % des familles interrogées dans les provinces d’Al Haouz et de Chichaoua résident toujours dans des tentes ou des abris temporaires. Sur les 454 ménages sondés.
Les familles sinistrées dénoncent des procédures complexes pour bénéficier des procédures d’aides gouvernementales et des classifications arbitraires de leurs maisons endommagées. Certaines habitations initialement reconnues comme « totalement détruites » ont été requalifiées en « partiellement endommagées », réduisant ainsi leurs chances de bénéficier d’une éventuelle aide.
Dans une publication sur les réseaux sociaux, le responsable de la jeunesse du Parti de la Justice et du Développement (PJD), Reda Bokmazi, a vivement dénoncé la manière dont les autorités marocaines ont géré la situation des sinistrés du séisme d’Al Haouz. Selon lui, cette gestion illustre un « échec flagrant » des politiques publiques censées réduire les inégalités territoriales et sociales, mais qui, en réalité, ne font que les accentuer.
Bokmazi a souligné l’ironie d’un système capable de « détruire un stade et en reconstruire un autre en un temps record », mais incapable de garantir un logement digne aux familles ayant perdu leur maison dans une catastrophe naturelle. Il a pointé du doigt les disparités flagrantes entre certaines zones bénéficiant d’une dynamique de développement rapide et d’autres où « le train des services de base s’arrête », voire recule.
Pour lui, la conclusion est claire : « La boussole des priorités connaît un dérèglement majeur », aggravé par des restrictions sur le droit de manifester et d’exprimer le rejet de l’abandon ressenti par les victimes. Bokmazi a également rappelé que la ministre marocaine de l’Habitat et de l’Urbanisme, qui est en même temps présidente d’une commune voisine, se trouve à quelques kilomètres seulement des familles contraintes de vivre sous des tentes depuis plus d’un an.
Ce témoignage met en lumière un malaise persistant : celui d’une fracture sociale et territoriale qui, selon Bokmazi, s’élargit au lieu de se réduire, et qui interroge sur les véritables priorités de l’action publique.
Le tremblement de terre du 8 septembre 2023, dont l’épicentre se situait à Ighil (province d’Al Haouz), à 80 km de Marrakech, a fait 2 960 morts et 5 674 blessés. Il a ravagé des dizaines de villages aux maisons traditionnelles, dans une zone montagneuse difficile d’accès.
(Al24News)




