CAN 2025 : la détention de 18 supporters sénégalais au Maroc met Dakar et Rabat en confrontation

Un mois après la victoire historique du Sénégal face au Maroc (1-0) en finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, l’affaire des 18 supporters sénégalais incarcérés à Rabat continue de susciter indignation et interrogations. Pour beaucoup à Dakar, il ne s’agit plus seulement d’un dossier judiciaire, mais d’un épisode révélateur d’un climat tendu ayant entouré toute l’organisation du tournoi.
Arrêtés le 18 janvier à l’issue de la rencontre, les supporters sont poursuivis par les autorités marocaines pour des faits présentés comme des troubles à l’ordre public et des dégradations.
Mais du côté sénégalais, ces accusations sont largement contestées. Les familles et plusieurs acteurs de la société civile dénoncent des charges floues, une communication opaque et une volonté manifeste de faire des supporters des boucs émissaires.
Des garanties procédurales mises en cause
Le 7 février, les 18 détenus ont entamé une grève de la faim pour protester contre l’absence d’interprète en wolof lors des interrogatoires et contre le manque d’informations précises concernant les faits qui leur sont reprochés. Ces éléments, s’ils étaient confirmés, soulèveraient des questions sérieuses sur le respect des droits fondamentaux de la défense.
Les peines encourues, jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et des amendes, sont perçues par de nombreux observateurs comme disproportionnées au regard des incidents rapportés, dont les circonstances exactes restent sujettes à controverse.
Pour plusieurs analystes sénégalais, le maintien en détention prolongée apparaît moins comme une mesure strictement judiciaire que comme un signal politique.
Une victoire sportive devenue enjeu politique
La victoire du Sénégal sur le sol marocain avait déjà été précédée de polémiques. Tout au long de la CAN 2025, des critiques avaient émergé concernant l’organisation, la gestion sécuritaire et certaines décisions arbitrales, alimentant un climat de suspicion dans l’opinion publique africaine.
Dans ce contexte, la détention des supporters est interprétée par l’opinion sénégalaise comme une réaction excessive, voire comme une manière de durcir le ton à la suite d’une défaite symboliquement lourde pour le pays hôte.
Aucune preuve tangible n’est venue étayer ces soupçons d’intention politique. Mais leur persistance illustre la défiance qui s’est installée autour de cette édition du tournoi.
Une crise diplomatique latente
Face à la montée des réactions au Sénégal, la Fédération sénégalaise de football (FSF) a officiellement brisé le silence près d’un mois après l’incarcération des 18 supporters.
Dans un communiqué, l’instance indique suivre la situation « avec la plus grande attention » et affirme que l’État du Sénégal est « pleinement mobilisé au plus haut niveau ».
Sous la coordination de l’ambassadeur du Sénégal au Maroc, des démarches sont entreprises afin de veiller aux conditions de détention des supporters, de garantir le respect de leurs droits fondamentaux et de leur assurer une assistance juridique appropriée.
La FSF signale également une volonté d’éviter l’escalade diplomatique entre les deux pays, tout en maintenant la pression pour une issue favorable.
Une indignation croissante dans l’opinion
En parallèle, la tension demeure vive dans l’opinion publique sénégalaise. L’international Pape Matar Sarr est devenu le premier joueur de premier plan à s’exprimer publiquement sur l’affaire. Dans un message publié sur le réseau X, il a dénoncé ce qu’il qualifie d’ « injustice » et appelé à la libération des supporters, affirmant que leur seul tort aurait été « de soutenir leur équipe avec passion ».
Cette prise de position illustre la sensibilité du dossier, qui dépasse désormais le cadre strictement judiciaire pour devenir un sujet de mobilisation nationale.
Une affaire sous surveillance
Si les autorités sénégalaises privilégient pour l’heure la voie diplomatique et la coopération officielle, l’évolution du procès sera déterminante. Toute décision perçue comme excessive pourrait fragiliser l’équilibre délicat entre fermeté judiciaire prétendue par Rabat et exigence de protection consulaire attendue par Dakar.
L’audience prévue ce 19 février sera déterminante. Au-delà du sort des 18 supporters, c’est aussi l’image laissée par la CAN 2025 qui demeure en question. Un tournoi censé célébrer l’unité africaine pourrait rester associé, dans certaines mémoires, à une controverse judiciaire aux répercussions politiques sensibles.




