Maroc : un adolescent handicapé emprisonné pour sa solidarité avec GenZ, nouveau scandale pour le Makhzen

La détention d’un adolescent de 17 ans souffrant de handicaps mentaux et physiques dans la prison pour adultes d’Oujda, au nord-est du Maroc, suscite une vive inquiétude dans les milieux juridiques et associatifs marocains.
Ce mineur, interpellé pour sa présence lors des manifestations du mouvement GenZ 212 — une mobilisation de la jeunesse marocaine exigeant des services de santé et d’éducation dignes, tout en dénonçant la corruption — fait l’objet de poursuites pour des infractions qualifiées de « graves », en dépit d’un handicap médical avéré qui soulève de sérieuses interrogations sur sa responsabilité pénale.
D’après Me Abdelhak Benkadda, avocat du jeune homme, ce dernier fait l’objet de poursuites engagées par le parquet d’Oujda pour sa présence supposée à « une manifestation non déclarée, la détention d’objets dangereux, le refus d’évacuer les lieux et sa participation à un attroupement armé survenu de nuit ». Les faits se seraient produits le 12 octobre 2025, en marge d’un match de football près du stade municipal.
La section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), alertée par la famille, a saisi le procureur général pour demander la libération du jeune détenu. Son président, Mohamed Karzazi, dénonce une violation flagrante des conventions internationales ratifiées par le Maroc, notamment celles relatives aux droits des enfants et des personnes handicapées.
Karzazi insiste sur le fait que l’adolescent aurait dû être remis à sa famille ou poursuivi en liberté, compte tenu de la présomption d’innocence et de son état de santé. Sa mère, après une visite en détention, a constaté un profond mutisme inhabituel chez son fils, signe d’une détérioration psychologique. Une attestation médicale confirme son handicap mental.
Le dossier judiciaire est qualifié d’“inédit” par Me Benkadda, qui souligne que le jeune souffre également de troubles moteurs et de tremblements incontrôlés. Un rapport du délégué à la liberté surveillée confirme son incapacité à contrôler ses gestes, posant la question de sa responsabilité pénale.
Son cas illustre de manière frappante l’intensification de la répression exercée par les autorités marocaines depuis la fin septembre, période marquée par une vague de manifestations initiées par la jeunesse du pays pour dénoncer la corruption et exiger des réformes urgentes dans les domaines de la santé et de l’éducation.
Fin septembre, une vague de manifestations a éclaté dans plus d’une douzaine de villes marocaines, portée par une jeunesse en colère contre le manque de financement chronique des secteurs de l’éducation et de la santé. Cette contestation s’est intensifiée face à l’annonce de plus de 5 milliards de dollars alloués à la construction de stades et d’infrastructures en vue de la co-organisation de la Coupe du Monde 2030.
La réponse des autorités a été brutale : usage de gaz lacrymogènes, coups de matraque et vagues d’arrestations.
Depuis le 27 septembre, les autorités ont arrêté environ 2 000 personnes, selon l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH). Le parquet marocain a indiqué la semaine dernière que 1 473 prévenus étaient toujours en détention provisoire. Au moins trois manifestants ont été tués par balles par les forces de sécurité marocaines.
(Al24News)




