Le Soudan coupé du monde
Quinze manifestants antiputsch ont été tués à Khartoum lors de la journée la plus sanglante depuis le coup d’Etat du 25 octobre, mené par l’armée qui a plongé, mercredi 17 novembre, le Soudan dans un huis clos macabre en coupant toutes les communications. Dans la seule banlieue nord de la capitale, onze personnes, dont une femme, ont été fauchées par des balles tirées, selon un syndicat de médecins prodémocratie, par les forces de sécurité qui visaient « la tête, le cou ou le torse ». Au total depuis le putsch, 39 personnes, dont trois adolescents, ont été tuées et des centaines blessées. Mais si la répression a débuté dès le premier jour, elle a franchi un nouveau palier mercredi. Avant le déchaînement de violences, le nouveau pouvoir militaire – qui a coupé l’accès à Internet le 25 octobre – a également brouillé l’ensemble des communications téléphoniques dans un pays où l’opposition s’organisait par SMS ou même par le biais de graffitis. La brutale déconnexion des 45 millions de Soudanais a entamé la mobilisation : là où les manifestants étaient des dizaines de milliers le 30 octobre et le 13 novembre, cette fois-ci, ils n’ont plus été que des milliers, note l’AFP. Face à eux, les forces de sécurité étaient tout aussi nombreuses, bloquant les ponts reliant Khartoum à ses banlieues et les avenues habituellement arpentées par les manifestants – en 2019 pour dire non au dictateur Omar Al-Bachir et désormais au général Abdel Fattah Al-Bourhane, auteur du putsch. Dans le pays où plus de 250 manifestants avaient péri lors de la révolte qui a mis fin à trente ans de dictature en 2019, l’un des fers de lance du soulèvement de l’époque, l’Association des professionnels soudanais, a dénoncé d’« immondes crimes contre l’humanité », accusant les forces de sécurité de meurtres prémédités . La police, elle, assure ne pas ouvrir le feu et la télévision d’Etat a annoncé l’ouverture d’une enquête sur les manifestants tués. Pourtant, mercredi soir, le syndicat des médecins accusait les forces de sécurité de les pourchasser jusque dans les hôpitaux et de tirer des grenades lacrymogènes sur blessés et ambulances. Malgré le danger, des centaines de manifestants continuaient en soirée de tenir leurs barricades, notamment dans la banlieue nord de la capitale, tandis que les défilés dans les autres villes du Soudan s’étaient dispersés. Le 25 octobre, le général Abdel Fattah Al-Bourhane a rebattu les cartes d’une transition qui battait de l’aile depuis des mois. Il a fait arrêter la quasi-totalité des représentants civils au sein du pouvoir et mis un point final à l’union sacrée entre civils et militaires. Le peuple dénonce ce qu’il qualifié de coup d’Etat.




