Émirats arabes unis : du pillage de l’or africain au financement des conflits, les dessous d’une stratégie de déstabilisation du continent

Derrière le discours d’Abou Dhabi sur l’investissement et le développement se profile une tout autre réalité : une offensive méthodique visant à mettre la main sur les richesses africaines et à transformer les ressources du continent en instruments de puissance.
Or, terres agricoles, ports, infrastructures stratégiques et circuits aurifères, les Émirats arabes unis étendent leur emprise à grande vitesse, tandis que leur influence économique se double d’une présence sécuritaire et militaire de plus en plus assumée.
Au Soudan, cette stratégie prend une dimension particulièrement alarmante : les accusations de soutien aux Forces de soutien rapide (FSR), de facilitation des circuits de l’or et d’implication dans les réseaux alimentant la guerre placent Abou Dhabi au cœur des critiques sur la déstabilisation du continent. Une politique qui vise à en contrôler les richesses, les leviers stratégiques et, à terme, les choix souverains.
Sous la direction du président émirati, cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane, Abou Dhabi a intensifié sa course à l’influence sur le continent africain, multipliant les prises de position dans des secteurs stratégiques, des ports aux terres agricoles, en passant par les activités minières et énergétiques.
Derrière cette offensive économique se profile une volonté croissante de s’approprier les richesses et les leviers stratégiques africains. Selon les données de fDi Markets citées par le quotidien britannique Financial Times, les Émirats ont annoncé depuis 2017 plus de 168 milliards de dollars d’investissements en Afrique, un montant spectaculaire qui contraste toutefois avec la réalité, une part importante de ces annonces n’ayant jamais abouti.
Cette présence économique ne se limite cependant pas au commerce. Des universitaires et responsables africains interrogés par le Financial Times dénoncent une politique visant à faire de l’influence économique un instrument de projection géopolitique.
L’un des secteurs les plus révélateurs de cette stratégie est celui de l’or. Dubaï s’est imposée comme une plaque tournante majeure du commerce de l’or africain, alors que des organisations spécialisées alertent depuis plusieurs années sur l’importance des flux non déclarés en provenance du continent.
Selon les estimations de Swissaid, près de 30 milliards de dollars d’or africain seraient exportés chaque année vers Dubaï sans déclaration, privant les États africains de recettes fiscales considérables et d’un contrôle effectif sur leurs propres ressources. Une partie de cet or échappe ainsi aux circuits officiels avant d’intégrer les marchés internationaux via Dubaï, qui s’est imposée comme une plaque tournante majeure du commerce aurifère africain.
Au Soudan, ravagé par la guerre depuis avril 2023, les Émirats arabes unis ont fait de l’or soudanais un véritable levier d’influence et une source de financement indirecte du conflit. Par le contrôle des circuits aurifères et les réseaux commerciaux qui gravitent autour de Dubaï, la richesse du sous-sol soudanais serait ainsi détournée au profit de réseaux contribuant à alimenter une guerre dont les premières victimes restent les populations civiles.
Lors des premiers affrontements entre les Forces de soutien rapide (FSR) et l’armée soudanaise, les paramilitaires se sont emparés de la raffinerie d’or de Khartoum et ont forcé l’accès à la banque centrale. Au moins 1,5 tonne de lingots, évaluée à environ 100 millions de dollars à l’époque, ont alors été dérobée, selon le Financial Times. Des bijoux ont également disparu des coffres de banques commerciales.
Un témoin, dont la version avait été corroborée par trois autres personnes au fait de l’opération, affirme que l’or aurait ensuite été acheminé vers des pays voisins, notamment le Tchad et le Soudan du Sud, avant d’être transporté vers les Émirats arabes unis. Selon cette source, des avions cargo émiratis, civils et militaires, avaient participé au transport.
C’est au Soudan que la politique émiratie en Afrique suscite les accusations les plus graves. Depuis le début du conflit armé, plusieurs rapports d’experts des Nations unies, d’organisations de défense des droits humains et de spécialistes du renseignement et du suivi des vols ont fait état de réseaux d’approvisionnement en armement bénéficiant aux FSR.
Ces charges sont particulièrement lourdes, les FSR étant accusées par l’ONU, les États-Unis et des organisations de défense des droits humains de graves exactions contre les populations civiles, notamment de crimes de nettoyage ethnique et de génocide visant la population au Darfour.
Pour beaucoup d’observateurs africains, le problème réside précisément dans cette concentration de leviers. Lorsque les investissements économiques se conjuguent avec des alliances sécuritaires et des relations avec des acteurs armés, la frontière entre partenariat commercial et projection de puissance devient particulièrement difficile à tracer.
Cette stratégie ne relève plus d’une simple politique commerciale : elle participe d’une course à l’appropriation des ressources, au contrôle des infrastructures stratégiques et à la projection d’une puissance susceptible d’affaiblir, dans certains États fragiles, les marges de souveraineté nationale.
(Al24News)




