Émirats arabes unis : la stratégie de division d’Abou Dhabi commence à produire son effet boomerang

Les Émirats arabes unis voient leur image régionale et internationale de plus en plus ternie par la politique interventionniste d’Abou Dhabi, qui consiste à s’immiscer dans les affaires intérieures d’États souverains, à soutenir des acteurs armés et à contribuer à la fragmentation de plusieurs pays arabes et africains au nom de ses propres ambitions géopolitiques.
Longtemps présentés par leur communication officielle comme un modèle de stabilité et de modernité au Moyen-Orient, les Émirats arabes unis voient leur image internationale de plus en plus fragilisée par une politique régionale fondée sur l’influence, le soutien à des acteurs armés et la multiplication des interventions dans les crises arabes et africaines.
Derrière le discours sur la « tolérance » et la stabilité, Abou Dhabi a progressivement construit une politique d’influence qui l’a conduit à soutenir des forces et des milices aux agendas souvent opposés à ceux des gouvernements reconnus.
En Libye, les Émirats ont soutenu le maréchal Khalifa Haftar dans sa tentative de prendre Tripoli par la force. Au Yémen, ils ont appuyé le Conseil de transition du Sud, favorable à la partition du pays. Au Soudan, le soutien des Émirats arabes unis aux Forces de soutien rapide (FSR), coupables de graves atrocités et de génocide, est désormais largement documenté par des ONG, des médias et des instances judiciaires internationales. En Algérie, Émirats avaient tenté s’immiscer dans l’élection présidentielle de 2019.
Du Soudan à la Libye, une politique de déstabilisation contestée
Le dossier soudanais constitue l’un des exemples les plus emblématiques et les plus documentés des accusations visant Abou Dhabi. Le Soudan a saisi la Cour internationale de Justice, accusant les Émirats arabes unis de complicité dans les massacres commis contre les populations civiles, en raison de leur soutien présumé aux Forces de soutien rapide (FSR).
En 2025, le Soudan a rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, accusant Abou Dhabi de mener un « crime d’agression contre la souveraineté du Soudan » à travers la fourniture d’« armes stratégiques sophistiquées » aux Forces de soutien rapide (FSR).
Cette question met en lumière les conséquences d’une politique régionale de plus en plus contestée. Des enquêtes internationales et des éléments recueillis sur le terrain ont mis en évidence l’aide apportée aux FSR, alors que le conflit au Soudan continue d’engendrer des pertes humaines massives, des déplacements de populations et d’importantes destructions.
Une image internationale lourdement entachée
Cette politique commence désormais à avoir un coût diplomatique. Aux États-Unis, la possibilité de sanctions contre les Émirats a été évoquée par des membres du Congrès, dans un contexte de critiques croissantes concernant leur rôle au Soudan. Ces menaces témoignent d’un changement de perception : l’image d’un acteur régional modéré et pragmatique laisse progressivement place à celle d’une puissance accusée d’entretenir des réseaux d’influence et de soutenir des acteurs armés pour défendre ses intérêts.
À force de vouloir peser sur les choix politiques du monde arabe et africain, les Émirats risquent ainsi de provoquer l’effet inverse de celui recherché : une multiplication des méfiances et des contestations autour de leur rôle.
Les divisions pourraient aussi atteindre l’intérieur du pays
Cette dégradation de l’image extérieure intervient alors que des interrogations émergent également sur de possibles divergences au sein même de la fédération émiratie. Une récente publication de Mohammed ben Rachid Al Maktoum, souverain de Dubaï et vice-président des Émirats, sur X, a ainsi alimenté les spéculations sur les rapports de force internes.
Dans un message consacré à la responsabilité politique, Mohammed ben Rachid a notamment écrit que « la responsabilité est une confiance » et qu’ « un dirigeant préoccupé par sa seule réussite personnelle n’était pas digne de confiance ». Il a également estimé que « l’égoïsme dans le travail public est une trahison de la confiance », ajoutant que « la patrie ne se fragmente pas ».
Beaucoup de commentateurs du Golfe ont interprété ces propos comme une critique indirecte de la politique conduite par Abou Dhabi et de Mohammed ben Zayed Al Nahyane, a noté le média en ligne panarabe indépendant The Palestine Chronicle.
D’après ce média, les analystes y voient la preuve d’une crise ouverte entre Dubaï et Abou Dhabi, alors que le simple fait qu’un tel message puisse être interprété sous cet angle révèle les interrogations croissantes entourant la trajectoire régionale des Émirats.
Du Soudan à la Libye, en passant par le Yémen et la Corne de l’Afrique, les choix émiratis sont désormais scrutés avec davantage de méfiance. Les demandes de comptes se multiplient, tandis que l’idée d’une forme d’impunité dont aurait bénéficié Abou Dhabi est de moins en moins acceptée.
(Al24News)




