Désaffection politique, boycott et crise du pouvoir d’achat : les Marocains ne se font plus d’illusions à l’approche des législatives
À quelques jours des élections législatives marocaines du 23 septembre, la campagne électorale se déroule dans un climat marqué par la défiance, les appels au boycott et les inquiétudes sociales.
Alors que 15,8 millions d’électeurs sont officiellement inscrits et que 1 850 listes de candidatures ont été déposées pour le scrutin, plusieurs partis politiques, associations de défense des droits humains et militants syndicaux dressent un constat particulièrement sombre et sévère de la situation politique et sociale du pays.
Des partis politiques, ainsi que plusieurs militants et responsables de mouvements de défense des droits humains, convergent, toutes tendances confondues, sur un constat : le scrutin intervient dans un contexte marqué par un recul de la confiance envers le régime du Makhzen et ses institutions, des difficultés économiques persistantes et de fortes tensions autour des libertés publiques.
Les observateurs de la scène politique marocaine relèvent une désaffection croissante des jeunes à l’égard du processus électoral. Les chiffres officiels indiquent que les 18-24 ans ne représentent que 4 % des inscrits sur les listes électorales, tandis que leur participation au précédent scrutin n’avait pas dépassé 24 %, selon les autorités marocaines.
Dans un communiqué publié le 13 septembre, le Parti de la Voie démocratique ouvrière voit dans le recul de l’inscription des jeunes un « signe supplémentaire du désintérêt pour les échéances électorales », alors que le boycott constitue désormais l’un des principaux axes de mobilisation de la formation.
Pour le parti, cette situation traduit un éloignement croissant d’une partie de la population, particulièrement de la jeunesse, vis-à-vis du processus électoral. Il dénonce également des restrictions visant ses militants et affirme être privé d’accès aux médias publics.
« Alors que le Makhzen fait grand bruit autour d’une démocratie factice, plusieurs prisonniers politiques demeurent incarcérés au Maroc dans des conditions qualifiées de dégradantes, tandis que des militants et des opposants aux orientations du Makhzen font l’objet de poursuites et de procès », a dénoncé le parti dans un communiqué.
« Le Parti de la Voie démocratique ouvrière réaffirme également son exigence de libération des détenus du Hirak du Rif et de la GenZ. Il appelle enfin les forces militantes du pays à prendre de fortes initiatives sur le terrain afin d’obtenir la libération de l’ensemble des prisonniers politiques au Maroc et l’abandon des poursuites engagées à leur encontre », a-t-il ajouté.
Cette lecture rejoint celle exprimée par l’AMDH (Association marocaine des droits humains ). L’association fait état d’une « forte désaffection populaire » et d’une perte de confiance dans les urnes, tout en mettant en cause les conditions dans lesquelles se déroulait le processus électoral.
Au-delà des urnes, une crise de confiance
Pour le mouvement Attac Maroc, le problème dépasse largement la seule question de la participation électorale. L’organisation considère que le changement de majorité gouvernementale ne suffit pas à modifier les grandes orientations économiques et sociales du pays.
Dans un communiqué intitulé : «Élections législatives 2026 : les façades changent, l’autoritarisme et les politiques néolibérales de prédation perdurent », l’association établit un lien direct entre la crise de confiance et la persistance, selon elle, de politiques néolibérales ayant favorisé les privatisations, l’endettement, l’ouverture accrue de secteurs comme la santé, l’éducation et l’eau aux capitaux privés, ainsi que la généralisation de formes d’emploi précaires.
Attac Maroc met également au centre du débat la hausse du coût de la vie, le chômage, les inégalités sociales et territoriales, ainsi que la dégradation des services publics.
Le militant syndical Karim Elkhamlichi formule la même critique sous forme de questions : « existe-t-il un véritable débat électoral sur la dette, les politiques de privatisation, la situation des services publics, le chômage des jeunes, les conditions de travail, la protection sociale ou encore la hausse des prix ? »
Son constat est sans ambiguïté : « ce débat est absent ». Il estime que la compétition électorale tend ainsi à se réduire à une bataille autour des sièges et des promesses, alors que les revendications sociales demeurent, selon lui, insuffisamment présentes dans les programmes.
En rejoignant le camp du boycott, plusieurs formations et mouvements politiques estiment que les prochaines élections ne sont pas en mesure d’incarner le changement attendu par les Marocains.
« Nous voulons que le boycott des élections contribue à mettre à nu le système de corruption et de despotisme, et à convaincre les citoyens que ce qu’il [le Makhzen] appelle “élections” n’est qu’une supercherie, répétée de manière grossière, sans relâche ni lassitude, afin de maintenir le statu quo », a déclaré le Dr Abdelouahed Motaouakil, président du cercle politique du mouvement Al Adl Wal Ihssane.
Le pouvoir d’achat au cœur du malaise social
Derrière la question électorale se profile surtout une crise sociale dont les effets se font sentir au quotidien, les ménages étant confrontés à la cherté de la vie, au chômage, à la précarité, aux difficultés d’accès au logement, aux soins et à l’éducation, ainsi qu’à la dégradation du pouvoir d’achat.
Le Parti de la Voie démocratique ouvrière évoque pour sa part « la progression de la mendicité et du nombre de personnes vivant dans la rue, notamment des enfants », qu’il présente comme des « manifestations de la pauvreté et de la marginalisation ».
L’AMDH dresse un constat comparable. Elle critique les politiques publiques dans des secteurs comme l’éducation, la santé, l’emploi, la protection du pouvoir d’achat, l’eau et l’environnement, estimant qu’elle ont contribué à l’aggravation des inégalités et de la précarité.
Attac Maroc va plus loin en contestant le modèle économique dans son ensemble. L’association défend notamment une réorientation des ressources publiques vers les services essentiels, une réforme fiscale plus progressive, une souveraineté alimentaire et hydrique renforcée ainsi qu’un développement moins dépendant des capitaux et marchés extérieurs.
(Al24News)




