Des révélations attestant l’implication du Makhzen dans le scandale Pegasus et la crise migratoire de Ceuta

L’ancien responsable des services de renseignement marocains, Mehdi Hijaouy, a affirmé disposer d’informations sur plusieurs dossiers retentissants impliquant les appareils sécuritaires marocains, dont la crise migratoire de Ceuta, le scandale Pegasus et l’affaire du boxeur Zakaria Moumni.
Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire français « Le Canard enchaîné », publié mercredi, l’ancien responsable du renseignement extérieur marocain, en fuite à l’étranger, a mis directement en cause deux figures centrales de l’appareil sécuritaire et politique entourant le roi du Maroc : Abdellatif Hammouchi, patron de la police et du renseignement intérieur (DGST), et Fouad Ali El Himma, proche conseiller de Mohammed VI, surnommé « le vice-roi ».
L’ancien numéro deux de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), qui a travaillé en étroite collaboration avec les deux dirigeants, a contesté la version selon laquelle les autorités marocaines auraient été prises de court par l’exode de milliers de personnes vers l’enclave espagnole Ceuta. « Comment est-il possible que tant de personnes se dirigent vers la frontière sans que ni le +vice-roi+ ni le chef de la police n’en soient informés ? », s’interroge l’ancien haut fonctionnaire, qui a quitté le Maroc et vit désormais à l’étranger. Selon Hijaouy, Fouad Ali El Himma et Abdellatif Hammouchi auraient eu connaissance de l’opération.
Il présente cette dernière comme une manœuvre destinée à « déstabiliser » le gouvernement espagnol. Au cours de l’entretien, Hijaouy a abordé l’affaire de cyber-espionnage Pegasus, développé par la société sioniste NSO Group. L’ancien responsable a confirmé l’utilisation de ce système par les services de renseignement marocains contre des responsables politiques et des journalistes dont le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, le président français Emmanuel Macron, l’ancien Premier ministre Edouard Philippe et plusieurs journalistes français.
Selon le récit de Hijaouy, des techniciens du groupe NSO ont présenté Pegasus à Hammouchi à Rabat en 2017. Dès lors, le système aurait été géré par Hammouchi et El Himma, plaçant ainsi ces deux hauts responsables au cœur du contrôle des frontières à Ceuta et des écoutes téléphoniques internationales. L’ancien responsable du renseignement a également évoqué le cas du boxeur marocain Zakaria Moumni, qui affirme avoir été enlevé et torturé après son arrestation au Maroc en 2010. Les déclarations de l’ancien responsable des renseignements coïncident avec les conclusions d’un rapport de la police des frontières espagnole daté du 3 septembre.
Selon la publication française, le document confirme la « permissivité totale » des forces de sécurité marocaines, leur attribuant la responsabilité de la « violation des frontières espagnoles et de l’Union européenne ».
(APS)




