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Des milliards pour le sport, zéro horizon pour les jeunes : l’illusion des mégaprojets sportifs au Maroc

C’est un contraste qui révèle, une fois de plus, le fossé de plus en plus profond entre le régime du Makhzen et le peuple marocain.

D’un côté, un État marocain qui n’hésite pas à recourir massivement à l’endettement extérieur pour financer des stades, des infrastructures ferroviaires à grande vitesse et des complexes hôteliers de luxe en prévision du Mondial 2030, dans le but de promouvoir à l’étranger l’image d’un pays moderne, prospère et résolument tourné vers l’avenir.

De l’autre, des milliers de jeunes Marocains qui n’ont d’autre horizon que de se jeter à l’eau ou de risquer leur vie aux frontières pour fuir leur propre pays.

Pour la jeunesse marocaine, ces dépenses vertigineuses n’ont apporté aucune retombée concrète sur un quotidien marqué par la précarité.

Au contraire, cette débauche de moyens financiers s’accompagne d’une poussée de l’inflation, d’une hausse continue du chômage et d’un creusement alarmant des inégalités sociales, alimentant la colère et l’amertume au sein de la population.

La tragédie de Ceuta, où des dizaines de milliers de Marocains ont tenté de rejoindre l’enclave espagnole au péril de leur vie, faisant plusieurs morts et disparus, soulève de graves interrogations.

Face à ce drame, le silence des autorités marocaines interpelle : aucun deuil national, aucune véritable communication sur les victimes et les disparus, ni dispositif clairement annoncé pour accompagner les familles.

Face à cette détresse, la seule réponse apportée réside dans le verrouillage et la gestion sécuritaire. Une stratégie poussée par le Makhzen qui montre aujourd’hui toutes ses limites.

Dans un rapport au réquisitoire particulièrement sévère, l’Organisation marocaine des droits de l’homme et de la lutte contre la corruption rompt avec la rhétorique officielle du Makhzen et pose une question que les autorités marocaines semblent vouloir éviter : « Pourquoi fuit-on la fête ? » Une formule qui fait directement écho aux déclarations du roi marocain présentant l’organisation du Mondial 2030 comme une « grande fête » pour le royaume.

Face aux discours officiels marocain minimisant l’exode massif des jeunes vers Ceuta et le réduisant à une simple problématique sécuritaire, l’organisation rappelle que « la répression ou le démantèlement des réseaux de passeurs ne combleront jamais la quête d’avenir ». « Le désespoir qui pousse un jeune à tout risquer pour l’Europe ne relève pas d’une quelconque manipulation sur les réseaux sociaux, mais d’une réalité sociale chiffrée », a rappelé l’ONG.

Les statistiques officielles du Haut-Commissariat au Plan dressent un bilan sans appel : 2,9 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans se trouvent aujourd’hui hors de tout système éducatif, d’emploi ou de formation, tandis que le taux de chômage des 15-24 ans franchit les 37 %.

« Rongée par la corruption et l’absence totale de confiance envers ses dirigeants politiques, cette génération choisit massivement la fuite, préférant risquer sa vie en mer ou aux frontières plutôt que de subir le marasme local », a regretté l’ONG.

Dans son rapport, l’organisation s’interroge ouvertement sur l’utilité réelle de l’organisation de la Coupe du monde 2030 et sur ses répercussions sur le quotidien du Marocain lambda : « À quoi servent ces annonces et ces hausses de recettes touristiques si l’argent s’évapore dans les comptes des grands groupes sans profiter au citoyen ? »

L’ONG dénonce des arbitrages budgétaires faits au détriment des secteurs en lien direct avec la jeunesse. Ces fonds astronomiques auraient dû être alloués à la création d’emplois durables, au renforcement de l’éducation et à la construction d’hôpitaux ainsi que d’infrastructures de base, notamment dans les régions rurales et éloignées délaissées depuis des décennies. L’organisation accuse directement le régime de provoquer le désespoir de la jeunesse à travers des politiques dépensières inutiles et contre-productives, dont le seul but est de servir de vitrine internationale.

L’organisation a mis en garde contre la hantise des infrastructures surdimensionnées : « ces enceintes sportives construites à coups de milliards qui, une fois les projecteurs éteints, risquent de devenir d’immenses gouffres financiers en frais de maintenance aux frais du contribuable ».

Cette fracture sociale met brutalement à nu la rhétorique officielle et les affirmations du roi sur l’émergence du pays. L’organisation pointe l’absurdité du décalage entre la communication d’État et la réalité du terrain en posant une question fondamentale : « si le Maroc traverse effectivement une phase économique et sociale prometteuse, où de nouveaux horizons de prospérité s’ouvrent devant la jeunesse, alors pourquoi cette dernière risque-t-elle sa vie au quotidien pour fuir son propre pays ? »

Pour l’organisation, « la véritable urgence ne réside pas dans la capacité du pays à impressionner les instances sportives internationales, mais dans sa faculté à retenir sa propre jeunesse ».

« Bâtir un stade aux normes mondiales n’a aucun sens si l’école ou l’hôpital voisins restent défaillants. Plutôt que de multiplier les vitrines pour supporters et touristes de passage, l’État doit investir massivement dans la formation qualifiante, le soutien aux petites entreprises locales et la création d’emplois durables », a-t-elle insisté.

(Al24News)

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