Derrière la vitrine de la modernité, les Émirats étouffent les droits humains sous une répression implacable

Derrière l’image d’un État moderne, prospère et ouvert que les Émirats arabes unis s’emploient à projeter sur la scène internationale, les rapports consacrés aux droits humains mettent en lumière une tout autre réalité : celle d’un système politique régi par des lois rétrogrades et liberticides, où les libertés publiques demeurent strictement encadrées et où la répression semble s’imposer comme mode de gouvernance.
Les organisations de défense des droits de l’Homme, à l’instar de Human Rights Watch (HRW), ainsi que le rapport sur les droits de l’homme publié par le Département d’État américain (couvrant la période de 2021 à 2025), font état de restrictions sévères visant les libertés d’expression, de réunion et d’association, mais aussi d’arrestations arbitraires, de cas de torture et d’une surveillance étroite des dissidents politiques.
Les Émirats arabes unis sont une fédération de sept émirats semi-autonomes, dirigée selon un système patriarcal où le pouvoir repose principalement sur les familles régnantes et les chefs tribaux. Le pays ne connaît pas de suffrage universel ni de partis politiques. Tous les citoyens n’ont pas le droit de vote. Le gouvernement sélectionne un collège électoral (composé de plusieurs centaines de milliers de citoyens émiratis) qui sont les seuls autorisés à voter et à se présenter.
Les mécanismes de participation politique restent ainsi limités, tandis que l’allégeance aux familles régnantes et aux dirigeants fédéraux occupe une place centrale dans le fonctionnement institutionnel du pays.
Le contraste est particulièrement marqué entre le discours d’ouverture et réformateur promu par les autorités et le traitement réservé à la contestation. Selon HRW, dans son rapport mondial 2026, les autorités émiraties ont poursuivi une stratégie de long terme visant à améliorer l’image du pays à l’étranger, notamment par l’organisation d’événements internationaux. Cette politique de rayonnement contraste, selon l’organisation, avec les efforts déployés pour empêcher tout examen public des violations des droits humains.
La liberté d’expression figure parmi les libertés les plus sévèrement étouffées aux Émirats. Les lois fédérales, notamment le Code pénal et la législation sur la cybercriminalité, sont utilisées pour sanctionner des expressions critiques du gouvernement, y compris sur les réseaux sociaux, a noté l’ONG. HRW fait état d’une « autocensure généralisée et d’un rétrécissement de l’espace civique », tandis que le Département d’État américain rapporte que journalistes et rédacteurs connaissent les « lignes rouges » fixées par les autorités et pratiquent couramment l’autocensure.
Des procès de masse
Le dossier judiciaire constitue l’un des aspects les plus préoccupants relevés par HRW. En 2025, un tribunal émirati a confirmé les condamnations de 53 défenseurs des droits humains et dissidents politiques dans ce qui est présenté comme le deuxième plus important procès collectif de l’histoire du pays.
Quarante-trois personnes ont été condamnées à la prison à vie, tandis que les autres ont écopé de peines allant de dix à quinze ans. HRW dénonce des restrictions d’accès aux avocats, un manque de transparence et des témoignages faisant état de mauvais traitements.
Parmi les personnes condamnées figure Ahmed Mansoor, défenseur émirati des droits humains et lauréat du prix Martin Ennals en 2015, condamné à quinze ans de prison.
La liberté de la presse demeure elle aussi fortement limitée. Le Département d’État américain rapporte que l’État émirati possède ou contrôle une grande partie des médias nationaux et que les autorités exercent une influence sur le contenu publié. Des journalistes étrangers avaient également fait état d’avertissements lorsqu’ils abordaient des sujets jugés politiquement sensibles.
À cette pression institutionnelle s’ajoute une surveillance numérique décrite comme étendue. Le rapport américain fait état de restrictions visant certains sites internet, d’une surveillance des réseaux sociaux et des messageries, ainsi que de cas documentés de recours à des logiciels espions et à des pirates informatiques étrangers pour cibler des militants et des journalistes.
Les législations sur la cybercriminalité prévoient par ailleurs de lourdes sanctions pour un large éventail de contenus considérés comme portant atteinte aux normes politiques du pays. Selon le rapport américain, ces textes ont notamment étendu les restrictions à l’expression en ligne en criminalisant la critique du gouvernement et de ses représentants ainsi que les appels à manifester.
Une société civile sous étroite surveillance
Les libertés de réunion et d’association sont également soumises à de fortes restrictions. Les rassemblements publics nécessitent une autorisation gouvernementale et les organisations politiques, les partis et les syndicats sont interdits, selon le rapport américain. Les ONG doivent être enregistrées auprès des autorités et les associations sont soumises à des règles strictes concernant leurs activités et leurs publications.
Le contrôle s’étend jusque dans les universités et les institutions culturelles. Les conférences peuvent nécessiter une autorisation officielle, avec transmission préalable d’informations sur les intervenants et les thèmes abordés. Les institutions culturelles pratiquent également l’autocensure afin d’éviter des œuvres ou programmes susceptibles d’être considérés comme critiques envers le gouvernement.
Travailleurs migrants : l’envers du décor
La façade de modernité se heurte également à la situation des millions de travailleurs migrants présents dans le pays. HRW souligne que les employeurs conservent un pouvoir disproportionné dans le cadre du système de kafala. Les travailleurs peuvent rencontrer des difficultés pour changer d’emploi et s’exposer à des accusations de « fuite » lorsqu’ils quittent leur employeur, y compris pour échapper à des abus.
L’ONG rapporte également des cas de vols de salaires, de frais de recrutement illégaux et de confiscation de passeports, certaines situations pouvant s’apparenter au travail forcé. L’interdiction des syndicats prive en outre les travailleurs migrants d’un outil collectif de défense de leurs droits.
Les conditions de vie constituent un autre sujet de préoccupation. L’absence d’un salaire minimum non discriminatoire, le coût élevé de la vie et les bas salaires contraignent une partie des travailleurs à vivre dans des logements surpeuplés, tandis que les travailleurs employés en extérieur figurent parmi les plus exposés aux risques sanitaires liés aux fortes chaleurs.
À cette situation intérieure s’ajoutent des accusations concernant la politique extérieure des Émirats. Human Rights Watch rapporte notamment des preuves croissantes d’un soutien émirati aux Forces de soutien rapide (FSR) au Soudan, accusées de graves violations du droit international humanitaire. L’ONG cite notamment des enquêtes de Reuters et du New York Times faisant état de l’utilisation d’une base aérienne à Amjarass, dans l’est du Tchad, pour acheminer des armes aux FSR.
(Al24News)


