Crise migratoire de Ceuta : l’AMDH fustige l’inaction du Makhzen face à la détresse socioéconomique des Marocains

La crise migratoire à Ceuta continue de révéler l’ampleur du malaise social qui traverse le Maroc.
Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, l’Association marocaine des droits humains (AMDH) a dénoncé une « réponse essentiellement sécuritaire des autorités », estimant que celle-ci ne s’attaque pas aux causes profondes poussant des milliers de Marocains à risquer leur vie pour rejoindre l’enclave espagnole.
Quelques jours plus tôt, des milliers de personnes avaient tenté de franchir la frontière vers Ceuta, beaucoup à la nage.
Face à cette invasion massive, l’Espagne a renforcé son dispositif policier et militaire à la frontière. La majorité des personnes ayant tenté la traversée étaient de jeunes Marocains, ainsi que des familles avec enfants.
Au-delà du spectaculaire exode vers Ceuta, une question demeure : pourquoi autant de jeunes sont-ils prêts à risquer leur vie pour quitter le Maroc ?
Si les motivations des migrants sont diverses, les difficultés économiques constituent un facteur déterminant pour une grande partie des jeunes Marocains. Derrière les images de traversées à la nage se profile ainsi une réalité sociale marquée par le chômage, la précarité, les bas salaires et le manque de perspectives professionnelles.
Le Maroc s’est lourdement endetté pour financer à coups de milliards de dirhams des projets présentés comme des vitrines de la modernité, notamment la construction de stades sophistiqués en prévision de la Coupe du monde 2030 et l’extension du réseau à grande vitesse. Derrière cette politique d’investissements coûteux, les retombées économiques et sociales restent pourtant largement inégalement réparties.
Alors que les grands projets profitent à certains milieux d’affaires proches du Makhzen à travers l’attribution de contrats et de marchés publics, une grande partie de la jeunesse marocaine continue de faire face au chômage, à la précarité et à l’absence de perspectives professionnelles.
Nombre de jeunes peinent ainsi à décrocher un emploi stable, correctement rémunéré et à la hauteur de leurs qualifications, révélant le profond décalage entre le train de vie luxueux du Makhzen et les réalités sociales du pays.
Selon les données du Fonds monétaire international (FMI), le chômage des Marocains âgés de 15 à 24 ans a atteint 36,8 % en 2024, contre 25 % en 2019. Parmi les chômeurs diplômés de l’enseignement supérieur, près de sept sur dix n’avaient jamais occupé d’emploi.
L’Organisation internationale du travail relève également plusieurs faiblesses structurelles du marché du travail marocain : insuffisance de la création d’emplois, poids du secteur informel, inadéquation entre les formations et les besoins du marché ainsi que faiblesse des services publics d’emploi.
Une réponse réduite au tout-sécuritaire
Selon l’AMDH, « les événements de Ceuta et les nouvelles tentatives de franchissement de la frontière sont traités avant tout comme un problème sécuritaire, alors qu’ils constituent également le symptôme d’une crise sociale et économique plus profonde ».
L’AMDH a déploré la lenteur des procédures permettant aux familles de retrouver leurs proches disparus ou d’identifier les victimes. Elle réclame une prise en charge humanitaire effective des personnes en détresse, alors que les capacités d’accueil et les moyens des associations locales demeurent limités.
La mobilisation massive vers Ceuta ne peut toutefois être expliquée uniquement par le chômage ou la pauvreté. Plusieurs migrants ont ainsi affirmé au New York Times que des policiers marocains les ont encouragés à rejoindre la frontière, allant jusqu’à leur indiquer les points de passage vers l’enclave espagnole.
Des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux ont, par ailleurs, alimenté les accusations d’une implication des autorités marocaines. Elles montrent des camions transportant des migrants, escortés par des véhicules de la police marocaine avant d’être déposés à proximité de la frontière avec Ceuta. Selon plusieurs médias espagnols, ces images et témoignages confirment l’instrumentalisation de la pression migratoire par les autorités marocaines à des fins politiques et diplomatiques.
L’AMDH a réclamé l’ouverture d’une enquête globale et indépendante sur les événements, la clarification des responsabilités et l’accélération de l’identification des victimes.
(Al24News)




