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Al24News rencontre Khadija Aoudia, l’avocate franco-algérienne qui défie l’extrême droite française

Khadija Aoudia, avocate franco-algérienne spécialisée en droit pénal et ancienne bâtonnière de Nîmes, a affirmé que l’ex-ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a favorisé la propagation de discours xénophobes et anti-musulmans, tout en stigmatisant la communauté algérienne en France d’une manière inédite par rapport à ses prédécesseurs.

Elle souligne par ailleurs que ces idéologies sont profondément enracinées au sein de l’État français.

Le 10 août 2025, un collectif d’associations a saisi la justice française en déposant une plainte contre Bruno Retailleau. L’action, menée par l’avocate Khadidja Audia, repose sur des accusations d’ « incitation à la haine » et de « discrimination » ciblant la communauté musulmane, et plus spécifiquement les Algériens.

Le dossier, riche de 30 pages, compile et documente de manière détaillée les propos et attitudes reprochés à l’ancien ministre français, mettant en lumière la portée et la gravité de ces discours.

« Dès sa prise de fonction en tant que ministre de l’Intérieur, à partir de sa nomination en septembre 2024, Bruno Retailleau n’a cessé d’inciter à la haine, à la provocation discriminatoire à l’endroit des musulmans de façon générale, des immigrés et plus particulièrement de la communauté algérienne », a déclaré Me Khadidja Audia lors d’une interview exclusive accordée à AL24News par Kheireddine Batache.

Ces prises de position de Retailleau, tenues à la fois dans le cadre de sa fonction ministérielle et lors de sa campagne interne à son parti, ont contribué à banaliser un discours raciste et islamophobe dans l’espace public.

« À force de marteler ces propos discriminants, ils finissent par s’ancrer dans la conscience collective française », a expliqué l’avocate, qui dénonce des « vocables extrêmement discriminants, martiaux et guerriers ».

Selon Me Audia, la plainte vise surtout à épuiser les recours internes afin de saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). « L’objectif est de solliciter la condamnation de l’État français », précise Khadidja Audia, qui estime que les institutions nationales françaises ne permettent pas un accès effectif à la justice, en violation de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme.

« Ma conviction est que Bruno Retailleau, comme d’autres responsables politiques tels que Darmanin [une autre figure de droite française], ne sont en réalité que des sujets fongibles. Ils se trouvent sous la tutelle et l’influence d’oligarques dont l’ambition ne se limite pas à accroître leur richesse, mais qui portent également une idéologie profondément raciste qu’ils cherchent à imposer grâce à leur pouvoir économique », a averti Me Audia.

Et d’ajouter : « Pour cela, ils ont besoin de vassaux qui partagent cette idéologie. Sans ces relais, ils ne pourraient pas diffuser leur haine, et c’est pourquoi ils utilisent ces hommes. Lorsque je parle de sujets fongibles, j’entends qu’aujourd’hui c’est Darmanin, demain ce sera un autre. D’où l’importance d’obtenir une condamnation de l’État français et de sensibiliser les Nations Unies sur ce sujet, puisque la France est signataire de plusieurs traités, notamment celui qui l’engage à garantir que tous les ressortissants français puissent vivre dans l’égalité et la fraternité — ce qui, aujourd’hui, n’est pas le cas ».

L’instrumentalisation du dossier algérien

Au-delà du cas Retailleau, Khadidja Audia dénonce une instrumentalisation récurrente du dossier algérien dans les débats électoraux français.

Selon elle, les milieux d’extrême droite française opèrent un stratagème pernicieux en assimilant la double appartenance — notamment celle des Franco‑Algériens — à une trahison envers la Nation, afin de justifier leur stigmatisation.

L’avocate affirme être elle-même la cible d’attaques et de campagnes de stigmatisation, en raison de sa double appartenance. « Ma capacité d’aimer est infinie, elle ne se réduit pas aux frontières », confie-t-elle, rappelant son attachement à l’Algérie, « terre de [ses] aïeux ».

Me Audia a expliqué que la montée des attaques des milieux d’extrême droite contre les Algériens de France découle également de leur succès fulgurant et de leurs réussites.

Elle rappelle que, selon des études sociologiques, les enfants d’immigrés algériens ont été parmi les premiers à accéder à l’ascenseur social dès la première génération, ce qui nourrit paradoxalement des résistances à leur assimilation.

« « La seule communauté en France qui, dès la première génération, parvient à emprunter l’ascenseur social est celle des enfants d’Algériens. L’étude comparative réalisée par le sociologue Lapeyronnie, comparant les secondes générations algérienne, portugaise, italienne, polonaise et espagnole, montre que l’ensemble de ces communautés ont besoin de deux générations pour gravir l’échelle sociale », a-t-elle expliqué.

Me Audia fait partie du collectif d’avocats et juristes conduit par Me Gilles Devers devant les juridictions internationales, afin de dénoncer les crimes de guerre sionistes commis contre Ghaza.

Elle est également une défenseure acharnée de l’autodétermination du peuple sahraoui.

Evoquant la question du Sahara occidental et la dérogation de la France des décisions de la Cour de justice européenne en faveur du peuple sahraoui sur l’accord de pêche Maroc-UE, elle a estimé qu’il « y a là une volonté manifeste destinée à servir les intérêts politiques des uns et des autres ».

« C’est un levier qui permet de diviser. Il est grand temps désormais de prioriser les intérêts d’un peuple qui réclame son autodétermination, qu’il s’agisse d’organiser un référendum ou de le faire voter. Il faut mettre fin à cette cabale : on ne défend pas les intérêts de l’Afrique en général, ni du Maghreb en particulier, mais uniquement ceux de ceux qui veulent nous voir divisés », a-t-elle conclu.

(Al24News)

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