Sur les traces du cardinal Duval, la visite du Pape Léon XIV ravive une mémoire de coexistence en Algérie

À l’occasion de la visite du Pape Léon XIV en Algérie, une figure marquante de l’histoire nationale refait surface : celle du cardinal Léon-Étienne Duval. Un parcours singulier, étroitement lié aux grandes étapes du pays, qui éclaire le sens de cette visite.
Dans l’histoire contemporaine de l’Algérie, certaines figures se distinguent par la constance de leurs engagements à travers les épreuves. Le cardinal Léon-Étienne Duval fait partie de ces figures.
Nommé archevêque d’Alger en 1954, au moment même où éclate la guerre de libération d’Algérie, cet homme d’Église, français de naissance va rapidement s’imposer comme une voix à part. Déjà évêque de Constantine depuis 1947, il avait été témoin des profondes inégalités entre colons européens et population algérienne.
Dès le début de la révolution algérienne, ses prises de position tranchent avec celles de nombreux responsables de son époque. Il condamne publiquement la torture, les exécutions sommaires et les violences exercées par l’armée française contre les algériens.
Pour les généraux français et certains milieux coloniaux, cette posture est perçue comme une rupture, voire une trahison impardonnable. Ils lui attribuent alors un surnom, « Mohammed Duval », en signe de rejet de leur communauté. Mais l’archevêque l’accueille avec détachement, y voyant moins une mise à l’écart qu’une forme inattendue de reconnaissance.
Duval a été très apprécié par ses contemporains. Si, confrontés aux tragiques épreuves de la guerre de libération nationale, certains ont vu en lui une « conscience ».
Au fil des années, l’archevêque d’Alger apparaît, pour beaucoup, comme un homme Inébranlable dans ses convictions, constamment aux côtés du peuple algérien, sans compromis. Il était resté fidèle à ses principes durant la période coloniale, la guerre de libération et les premières années de l’indépendance.
Car après 1962, alors que de nombreux Européens quittent le pays, il choisit de rester. Un choix qui s’inscrit dans la continuité de son engagement et qui contribue consolider la coexistence ancrée dans la société algérienne, attentive à son environnement et tournée vers le dialogue.
Quelques années plus tard, il est élevé au rang de Cardinal. En 1965, il franchit une étape supplémentaire en obtenant la nationalité algérienne. Un geste fort, qui consacre un attachement déjà perceptible dans ses prises de position et dans son parcours.
Pendant plus de deux décennies encore, il poursuit sa mission à la tête de l’archevêché d’Alger, avant de se retirer en 1988. Il s’installe alors à proximité de la Basilique Notre-Dame d’Afrique, lieu emblématique dominant la baie d’Alger.
À sa disparition, le 30 mai 1996, un hommage officiel lui est rendu par les autorités algériennes en rebaptisant l’esplanade de la basilique « place Cardinal Duval ». Son corps repose aujourd’hui dans la chapelle Sainte-Monique, au cœur de cette basilique qu’il aimait tant.
Aujourd’hui, alors que le Pape Léon XIV a effectué une visite en Algérie, cette trajectoire résonne d’une manière particulière. Sans être explicitement convoqué, l’héritage du cardinal Duval semble en filigrane de ce déplacement, qui met en avant des valeurs de paix, de dialogue et de rapprochement et de liberté de culte.
Le choix de l’Algérie comme étape de ce message universel renvoie à une histoire façonnée par des parcours singuliers, où des passerelles ont été construites entre les cultures et les convictions.
Dans la mémoire collective, Léon-Étienne Duval n’apparaît pas comme une figure extérieure, mais comme un homme ayant partagé, à sa manière, les épreuves et les aspirations d’un peuple. Une présence qui, au-delà des appartenances, rappelle que certaines convictions traversent les frontières et les époques.
À travers cette mémoire, c’est une continuité discrète qui se dessine aujourd’hui, entre passé et présent.



