Maroc : le rejet de la normalisation s’amplifie au sein du peuple marocain, accentuant le fossé avec le Makhzen

Une très large majorité du peuple marocain exprime son rejet de la normalisation avec l’entité sioniste, illustré par des protestations massives et des prises de position de partis et organisations contre le choix vivement contesté du Makhzen.
Ce sentiment s’est renforcé à mesure que les autorités marocaines ont intensifié leur coopération avec l’entité occupante, notamment dans les domaines sécuritaire, économique, technologique et culturel, tout en réprimant les voix dissidentes.
À plusieurs reprises, l’opinion publique marocaine a exprimé son rejet de la normalisation et son attachement à la cause palestinienne. Pourtant, le processus officiel évolue dans une direction opposée à la volonté populaire, en renforçant progressivement ses partenariats avec Tel-Aviv, ce qui, selon divers observateurs, se fait au détriment de la souveraineté et de l’indépendance du pays.
« Il ne s’agit plus seulement de relations sur le papier, mais d’une normalisation concrète qui s’étend aux partenariats et aux échanges commerciaux, atteignant parfois des domaines sensibles dans la conscience de la société tels que l’éducation et la culture, sans parler du volet militaire », a dénoncé Massaâf Abou Al-Chetaâ, membre de l’Observatoire marocain contre la normalisation et membre du secrétariat général du mouvement politique de la Jamaâ Al-Adl wal-Ihsan.
« Dans le contexte du génocide, du blocus et des souffrances continues à Ghaza, un sentiment de contradiction s’approfondit au sein de larges franges de la population entre la position populaire et les politiques officielles, révélant un décalage, voire une rupture avec la réalité et avec la volonté du peuple », a-t-il écrit sur la page officielle du mouvement.
Cinq ans après la signature des accords d’Abraham, qui ont officialisé les relations diplomatiques entre Rabat et Tel-Aviv, la contestation et les critiques contre la normalisation se multiplient au sein de la société civile marocaine, révélant un fossé croissant entre le Makhzen et une opinion publique, profondément indignée par les images des souffrances palestiniennes dans la bande de Ghaza.
L’école marocaine, cible d’un « projet d’infiltration
Des organisations marocaines de défense des droits humains ont mis en garde contre des « dérives dangereuses » liées à la normalisation dans le domaine éducatif avec l’entité sioniste.
L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a alerté sur les « risques profonds » que comporte la normalisation dans le domaine scolaire, estimant qu’elle vise directement « les esprits, la mémoire et la conscience des générations ». Selon l’ONG, des tentatives organisées chercheraient à « infiltrer l’école marocaine » pour « adapter ses programmes aux agendas sionistes », dans le but de « fausser la conscience et déformer les faits historiques ».
Dans un communiqué publié à l’occasion du cinquième anniversaire des accords de normalisation, l’AMDH a insisté sur la nécessité de « contrer toute tentative visant à vider le système éducatif de ses valeurs de solidarité et de dignité », et de les remplacer par une « culture de soumission et de normalisation ».
L’association estime que ce processus n’est « ni innocent ni isolé », mais qu’il s’inscrit dans une stratégie plus large de contrôle de la mémoire collective et d’effacement de la cause palestinienne des consciences.
L’ONG a appelé à boycotter toute forme de coopération culturelle ou scientifique entre les établissements marocains et leurs homologues sionistes, et à protéger la jeunesse contre « toute tentative d’intrusion ».
L’AMDH a dénoncé par ailleurs les efforts visant à institutionnaliser la normalisation à travers les clubs scolaires et les programmes éducatifs, sous couvert de « promotion de la tolérance et du vivre-ensemble », alors que l’entité sioniste poursuit une politique « coloniale, raciste et expansionniste ».
Répression accrue contre les militants anti-normalisation
Le Maroc a intensifié sa répression des activités contre la normalisation avec l’entité sioniste, poursuivant et emprisonnant les critiques et les manifestants, malgré les manifestations populaires massives exigeant la fin des liens avec l’entité sioniste, notamment après le génocide sioniste contre Ghaza, créant une fracture entre l’État et une société civile largement opposée à cette normalisation honteuse.
Des centaines de militants ont été inculpés pour avoir participé aux campagnes de boycott des entreprises qui fournissent des vivres et aides à l’armée sionistes à Ghaza.
Parmi les procès les plus médiatisés figure celui d’Abderrahmane Zankad, militant du mouvement de la Jamaâ Al-Adl wal-Ihsan. En avril 2024, il a été condamné à cinq ans de prison pour outrage au roi et atteinte aux symboles du royaume, après avoir critiqué les dirigeants arabes ayant soutenu la normalisation des relations diplomatiques avec l’entité sioniste.
Ses avocats soutiennent toutefois que Zankad s’était limité à écrire sur Facebook : « La normalisation ne s’effondrera que lorsque ceux qui l’ont rendue possible tomberont ».
« Plus grave encore, le rejet de la normalisation, qui devrait constituer une position politique légitime reflétant l’orientation de la société, est devenu dans certains cas un prétexte pour restreindre l’action des militants et des initiatives à travers lesquelles ils expriment pacifiquement leurs positions opposées à la mascarade de la normalisation », a déploré Massaâf Abou Al-Chetaâ.
(Al24News)




