Maroc : le principal syndicat de l’enseignement supérieur boycotte la rentrée et annonce des grèves
Sur fond d’explosion sociale, les universités marocaines sous tension à l’approche de la rentrée

La rentrée universitaire s’annonce sous haute tension au Maroc. Alors que le principal syndicat des personnels de l’enseignement supérieur appelle au boycott de la rentrée et à plusieurs grèves nationales, l’Union nationale des étudiants marocains (UNEM) dénonce à son tour une offensive contre l’université publique, la gratuité de l’enseignement et les libertés syndicales.
Une double contestation qui intervient dans un climat social de plus en plus tendu.
Dans un communiqué rendu public, le Syndicat marocain des fonctionnaires de l’enseignement supérieur et des cités universitaires, affilié à la Confédération démocratique du travail (CDT), a annoncé un programme de protestation comprenant le boycott de la rentrée universitaire, le port du badge syndical et plusieurs journées de grève nationale.
Du 1er au 14 septembre 2026, les personnels des établissements d’enseignement supérieur et de l’administration centrale sont appelés à observer le boycott et à afficher leur mobilisation. À cela s’ajoute une grève nationale de 72 heures les 8, 9 et 10 septembre, accompagnée d’un sit-in devant le siège du ministère de l’Enseignement supérieur à Rabat le 9 septembre. Un second mouvement de grève est prévu les 15, 16 et 17 septembre.
Derrière cette escalade se trouve, selon le syndicat, un dialogue social pratiquement à l’arrêt. L’organisation accuse le ministère de l’Enseignement supérieur de maintenir le dialogue sectoriel dans une situation de blocage et de multiplier les reports dans le traitement des dossiers professionnels et sociaux.
Le syndicat estime que cette situation alimente une colère grandissante parmi les personnels du secteur, alors que le gouvernement est déjà confronté à de multiples revendications sociales.
Les étudiants entrent à leur tour dans la contestation
À cette mobilisation des personnels s’ajoute désormais celle de l’UNEM. Dans un communiqué dénonciateur, l’organisation étudiante affirme que l’université publique marocaine serait engagée dans un processus de transformation inspiré, selon elle, par la logique du marché et de la rentabilité.
L’UNEM s’oppose notamment à la loi 59.24, qu’elle présente comme une étape majeure dans la restructuration de l’université publique marocaine. Selon l’organisation, « ce texte ne constituerait pas une simple réforme pédagogique ou administrative, mais participerait à une évolution vers une université davantage soumise aux impératifs économiques ».
L’organisation étudiante critique particulièrement le dispositif dit du « temps aménagé », qu’elle considère comme une menace pour la gratuité de l’enseignement supérieur et le principe d’égalité d’accès aux études. Elle affirme que l’introduction de nouvelles formes de paiement risque de faire dépendre davantage l’accès à l’université des capacités financières des étudiants.
Une rentrée qui s’annonce explosive
La question des frais d’inscription constitue désormais l’un des principaux points de friction. L’UNEM affirme que la présidence de l’université Ibn Tofaïl, à Kénitra, ainsi que d’autres universités marocaines s’orienteraient vers l’instauration de frais d’inscription pour les différents cycles de formation fondamentale, de la licence au master et au doctorat.
Pour l’organisation étudiante, cette orientation constituerait « une rupture avec le principe de gratuité de l’enseignement public et une nouvelle étape vers la marchandisation de l’université ».
L’UNEM appelle ainsi les étudiants à « refuser le paiement des frais d’inscription » et à participer aux actions de protestation destinées à défendre ce qu’elle qualifie de « droit à un enseignement gratuit ».
(Al24News)




