Maroc : la « Semaine du détenu » relance la question sensible des libertés et des prisonniers du Hirak du Rif

Des militants et défenseurs des droits humains marocains ont relancé, depuis le dimanche 19 avril 2026, leurs appels à la libération des détenus encore incarcérés dans le cadre du mouvement du « Hirak du Rif ». Ils ont lancé une large campagne de solidarité numérique intitulée « Semaine du détenu », visant à remettre au centre du débat public un dossier qui s’était progressivement estompé de l’espace médiatique et politique.
Cette initiative fait suite à des appels directs émanant des familles des détenus, notamment de Tarik Zefzafi, frère du prisonnier Nasser Zefzafi, qui a exhorté, dans une courte vidéo, les citoyens à l’intérieur et à l’extérieur du pays à soutenir les détenus « ne serait-ce que par un mot, une image ou une vidéo », dans le but de briser le silence qui entoure ce dossier depuis plusieurs années.
Dans le même esprit, la mère de Nasser Zefzafi, Zouleikha, a également pris part à la mobilisation à travers un enregistrement vidéo dans lequel elle a renouvelé son appel à la libération de son fils et de ses compagnons, répétant avec insistance : « Libérez nos enfants ».
Plusieurs militants, journalistes et défenseurs des droits humains ont rejoint la campagne en diffusant des publications accompagnées de photos des détenus, appelant à la libération des prisonniers du Hirak du Rif ainsi que, plus largement, des détenus politiques au Maroc. L’objectif affiché est de consacrer cette semaine à la mémoire de ces détenus et de renforcer le soutien à leurs familles.
Des figures toujours derrière les barreaux
La campagne met en lumière plusieurs figures du mouvement toujours incarcérées depuis les événements de 2017 et 2018, parmi lesquelles Nasser Zefzafi, Nabil Ahamjik, Samir Ighed et Wassim Boustati, condamnés à de lourdes peines allant jusqu’à vingt ans de prison ferme.
D’autres noms sont également cités, notamment Mohamed Haki et Zakaria Adheshour, condamnés à quinze ans de prison, ainsi que Mohamed Jalloul, condamné à dix ans. Tous ont été arrêtés à la suite des manifestations populaires ayant secoué la région d’Al Hoceima et ses environs en 2017, déclenchées après la mort tragique du vendeur de poisson Mouhcine Fikri.
À ce jour, une partie importante des personnes arrêtées dans le cadre du Hirak du Rif demeure toujours en détention. Cette situation continue de susciter de vives critiques de la part des organisations de défense des droits humains, qui y voient une impasse politique et une atteinte persistante aux libertés fondamentales.
Soutien politique et dénonciation des pratiques répressives
Sur le plan politique, la Fédération de la gauche démocratique a exprimé son soutien total à l’initiative « Semaine du détenu ». Dans un communiqué publié le 19 avril 2026, le parti a dénoncé avec vigueur la persistance de ce qu’il qualifie de « logique répressive » dans le traitement des dossiers sociaux et politiques.
Le parti estime que la résolution des défis majeurs du pays passe nécessairement par un apaisement du climat politique et par la mise en place d’un véritable processus d’ouverture. Il considère que la poursuite de la détention de prisonniers liés au Hirak constitue un obstacle majeur à toute transition démocratique crédible et durable.
La Fédération de la gauche démocratique appelle ainsi les forces parlementaires et les acteurs politiques à soutenir une proposition de loi visant à instaurer une amnistie générale, afin de clore définitivement ce dossier. Elle invite également ses militants à s’engager activement dans les actions prévues durant cette semaine de mobilisation.
Vers un débat relancé sur les libertés publiques
Selon plusieurs observateurs, cette nouvelle campagne traduit une intensification de la pression associative et numérique en faveur d’un règlement global de la question des détenus du Hirak. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de revendications liées aux libertés publiques et à la liberté d’expression, régulièrement dénoncées au Maroc par des acteurs nationaux et internationaux.
Ces mêmes observateurs estiment que la persistance de ces dossiers non résolus entretient un climat de tension politique et fragilise la confiance entre la population et les institutions marocaines, en particulier les jeunes générations.
La campagne devrait se poursuivre tout au long de la semaine, avec pour objectif de renforcer la mobilisation sur les réseaux sociaux, devenus un espace central de contestation et de sensibilisation.




