Maroc : des jeunes manifestants du mouvement GenZ condamnés à des peines allant jusqu’à 10 ans de prison à Oujda

Le tribunal de première instance d’Oujda au Maroc a prononcé cette semaine des peines de prison allant jusqu’à 10 an contre quinze personnes arrêtées fin septembre dans le cadre des manifestations du mouvement “GenZ 212” menées par des jeunes pour réclamer de meilleurs soins de santé et une meilleure éducation et protester contre la corruption du Makhzen.
D’après les médias marocains, le total des peines prononcées dépasse dix années d’emprisonnement, avec des sanctions variant entre deux mois avec sursis et dix-huit mois de prison ferme. Parmi les personnes condamnées figure l’étudiant Abdelrafi Sebbai, maintenu en isolement depuis son placement en détention provisoire. Cette mesure, vivement critiquée par son avocat et l’équipe de défense, a fait l’objet de plusieurs demandes de levée auprès du tribunal, toutes refusées sans explication.
Maître Mourad Mokhtari, avocat au sein du collectif de défense, a indiqué que l’étudiant Sebbai est maintenu en isolement depuis le début de sa détention provisoire, sans justification apparente. Il a précisé que plusieurs requêtes ont été adressées à la cour pour mettre fin à cette mesure, mais toutes ont été rejetées, y compris par le parquet, sans explication claire.
Les trente accusés ont été interpellés le 29 septembre à la suite des premières manifestations à Oujda, déclenchées par un appel du mouvement GenZ.
Le procès, réparti sur six audiences successives, a été marqué par le dépôt de plus d’une quinzaine de requêtes préliminaires par la défense, visant à garantir les conditions d’un jugement équitable et à introduire des éléments de preuve en faveur des prévenus. Toutefois, seules deux ou trois de ces demandes ont été retenues — dont celle relative à la présentation de vidéos — tandis que la majorité a été écartée par le tribunal.
Au terme d’une audience marathon de dix heures, le tribunal a prononcé des condamnations à l’encontre de quinze prévenus : huit ont écopé de peines de prison ferme comprises entre un an et trois mois et un an et demi, tandis que les autres ont bénéficié de peines assorties de sursis.
Parmi les personnes inculpées figurent plusieurs étudiants issus des filières de droit, d’électromécanique et de technologie. D’autres ont été sanctionnés par des peines de trois mois de prison ferme, assorties d’amendes pouvant atteindre 1200 dirhams.
Les chefs d’accusation comprennent la rébellion armée, l’outrage et l’usage de la violence contre un agent public dans l’exercice de ses fonctions, et l’incitation à commettre des crimes.
Les manifestations ont surpris le Maroc après qu’un mouvement de jeunes, GenZ 212, a mobilisé des milliers de personnes à travers le pays pour protester contre l’état des services publics provoqué par la gestion désastreuse du régime du Makhzen. Ce mouvement a critiqué les dépenses publiques consacrées aux infrastructures pour accueillir des événements sportifs, au détriment des services sociaux.
Malgré le caractère pacifique des manifestations, des affrontements ont éclaté dans certaines villes, faisant trois morts par balles par les forces de l’ordre et de nombreux blessés. Les organisations de défense des droits humains ont dénoncé la répression brutale des autorités marocaines.
La vague d’arrestations a suscité une vive inquiétude parmi les organisations de défense des droits humains. L’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) a vivement critiqué les verdicts rendus, les qualifiant d’« injustes » à l’encontre de jeunes interpellés de manière arbitraire. Elle a appelé à la « libération immédiate de tous les détenus en lien avec les manifestations pacifiques du mouvement ». Par ailleurs, l’AMDH a réclamé l’ouverture d’« une enquête indépendante » sur le décès de trois jeunes à Lqliâa, abattus par balles lors d’une intervention des forces de l’ordre du Makhzen.
(Al24News)




