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« Ma main est poignée de valise » d’Alima Abdhat: une poésie de l’intime à travers l’anthropologie de la valise

Dans son dernier recueil, « Ma main est poignée de valise », Alima Abdhat propose une poésie de l’intime qui explore en profondeur les thèmes du déplacement, de l’exil, de la mémoire et de l’identité, à travers une écriture à la fois sobre et évocatrice qui interroge la condition humaine, proie à l’infortune et ses multiples visages.

Paru en 2025 aux éditions « Anep », cet ouvrage aux consonances existentielles est préfacé par le journaliste et écrivain Arezki Metref qui, s’imprégnant du surréalisme saisissant de la thématique traitée, décrit les valises comme « des musées nomades de l’inconscient », des « vitrines ambulantes » du silence et des « boîtes noires » de tous les tourments.

Répartie en quatre chapitres contenant plus de 80 textes, cette œuvre de l’esprit en format poche se déploie en 105 pages, à travers lesquelles l’auteure explore l’anthropologie de la valise qui devient symbole central de toute l’œuvre et source de résilience contre l’adversité.

Dès les premiers textes, le recueil met en scène une expérience poignante du déracinement qu’il soit géographique, affectif ou intérieur, avec une voix poétique qui évoque une existence constamment en mouvement, entre départs, retours impossibles et tentatives de reconstruction.

Faisant apparaitre l’identité comme mouvante et en perpétuelle transformation, l’auteure attribue dès le départ à la valise des rôles qui dépassent sa vocation initiale connue de tous, pour acquérir une forte dimension symbolique, en devenant un espace intérieur où se mêlent souvenirs, émotions et traces du passé. La valise devient alors chez Alima Abdhat, un réceptacle de prétextes qui alimentent une instabilité chronique, celle-ci nourrissant une quête d’appartenance constante, où l’individu cherche à se définir malgré les ruptures, les pertes et les déceptions pesantes sur une mémoire, souvent chargée d’émotions, de nostalgie et de blessures.

A travers les gestes quotidiens qui lui sont associés (l’ouvrir, la fermer, la porter), ce « bagage à galères », reflète les différentes étapes de la vie (départs, attentes, ruptures et recommencements), agissant comme un recueil d’expériences qui contient à la fois des éléments matériels et immatériels, révélateurs d’histoire personnelle et consigne d’une mémoire collective.

La profondeur symbolique annoncée dans le titre de ce recueil prolifique, constitue une métaphore particulièrement forte et une dualité hautement significative, entre, d’une part, la « main », qui représente le corps, l’identité, la capacité d’agir et le monde des idées, et d’autre part, la « poignée d’une valise », associée au voyage, à l’arrachement de soi, au poids du bagage et au monde des choses.

Suggérant l’attribution du statut d' »instrument du départ » à l’individu, cette fusion judicieuse s’ouvre sur plusieurs interprétations dont, l’attachement au déplacement comme condition permanente et le poids de la mémoire qui préserve le corpus de la vie.

Le recueil s’organise comme un parcours intérieur sinueux, avec un retour au passé, une projection vers l’avenir, une reconstruction après les ruptures et une réflexion sur l’amour, à travers la valise et des objets du quotidien, qui relient l’intime à l’histoire, évoquant ainsi, migrations, exil et mémoire collective, en lien, notamment avec des événements comme la Guerre d’indépendance ou les drames des migrants.

L’alternance entre poésie et prose, parfois proche d’un langage cinématographique, renforce l’émotion et ancre davantage le texte dans le réel, en donnant sens aux gestes, aux corps et aux objets, dans une œuvre qui accorde aussi une place centrale à l’introspection, explorant les liens familiaux et les blessures affectives. Ainsi, le recueil de poésie, « Ma main est poignée de valise » d’Alima Abdhat transforme un objet ordinaire en symbole universel, proposant une réflexion profonde sur l’identité, la mémoire et la condition humaine entre plusieurs mondes.

(APS)

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