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L’interdiction d’un livre sur le séisme d’Al-Haouz au Salon du livre du Maroc met en lumière l’exclusion persistante des victimes

Le livre du militant et écrivain marocain Montassir Itri, « Zlzal Al-Haouz… Histoire d’un citoyen non résident » (publié en arabe), a été au cœur d’une polémique lors de la 27e édition du Salon international de l’édition et du livre de Rabat en avril 2026.

Présenté initialement aux visiteurs, l’ouvrage a rapidement été retiré du stand de l’éditeur et son auteur s’est vu interdire toute séance de signature, quelques jours seulement après avoir été présenté aux visiteurs.

L’ouvrage retrace le vécu personnel de son auteur, qui a vu sa maison détruite dans le village de Tansghart (commune d’Asni) lors du séisme du 8 septembre 2023. Montassir Itri y exprime sa propre détresse, mais aussi celle de nombreuses familles qui, plus de deux ans après la tragédie, attendent encore les aides promises par le régime du Makhzen.

Il a précisé, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, que son intention n’était pas de susciter la polémique, mais de « rendre compte d’une souffrance réelle et défendre le droit des sinistrés à l’aide et à la réparation ».

Sur sa page Facebook, il se présente comme « un citoyen sans domicile qui, après le tremblement de terre d’Al Haouz, n’a pas seulement perdu sa maison, mais a également été contraint de quitter son village par les autorités d’Asni et de la région ».

Selon Itri, l’interdiction est intervenue de manière soudaine, sous prétexte que son livre « n’était pas inscrit sur la plateforme » officielle du salon. Pourtant, d’autres auteurs ont pu signer leurs ouvrages sans inscription préalable. Cette incohérence nourrit les soupçons d’une censure ciblée, visant à éviter que la question des sinistrés du séisme ne soit mise en avant dans un événement culturel d’envergure internationale.

La Coordination nationale des victimes du séisme d’Al-Haouz a immédiatement dénoncé cette décision, la qualifiant de « censure et de répression ». Sur Facebook et Twitter, l’indignation est vive. Les internautes accusent le Makhzen de museler toute voix critique : « Un livre qui porte les préoccupations d’un quotidien amer — celui de l’exclusion — est retiré du Salon. Mais la vérité finira par triompher », écrit un utilisateur.

Cette affaire de censure agit comme un révélateur brutal : derrière les discours rassurants du gouvernement marocain et les annonces en fanfare de reconstruction, la réalité est celle d’une population abandonnée.

Ce décalage est le fruit des politiques ultralibérales du gouvernement d’Aziz Akhanouch qui, selon les observateurs, préfère investir dans des projets grandioses destinés à soigner l’image internationale de la monarchie plutôt que de répondre aux doléances locales. Le contraste est saisissant : alors que le Maroc se félicite de l’avancée de ses chantiers sportifs pour accueillir la Coupe du monde, les sinistrés d’Al-Haouz continuent de protester pour obtenir une aide minimale.

Selon le rapport de l’Observatoire de la reconstruction post-séisme de l’Atlas, présenté le 27 février 2026 par Transparency Maroc : 90 % des familles interrogées dans les provinces d’Al Haouz et de Chichaoua résident toujours dans des tentes ou des abris temporaires.

Sur les 454 ménages sondés, beaucoup dénoncent des classifications arbitraires : des maisons « totalement détruites » ont été requalifiées en « partiellement endommagées » pour réduire les aides versées.

Le séisme du 8 septembre 2023, dont l’épicentre se trouvait à Ighil, une commune rurale de la province d’Al Haouz dans la région de Marrakech-Safi, a provoqué au Maroc la mort de 2 960 personnes et blessé 5 674 autres. La catastrophe a dévasté des dizaines de villages de montagne, laissant derrière elle près de 60 000 habitations détruites ou gravement endommagées.

(Al24News)

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