
Dans une contribution publiée par le journal français L’Humanité, Pascal Torre le responsable-adjoint du secteur international du PCF, chargé du Maghreb et du Moyen-Orient évoque la menace que représente le Maroc pour la liberté, la démocratie et la paix, dit-il.
Le récent drame de Melilla a replacé le Maroc au centre de l’actualité. Le 24 juin, près de 2000 migrants, dont de nombreux Soudanais et Tchadiens, ont essayé d’entrer dans l’enclave. Les forces marocaines et espagnoles se sont acharnées, avec une violence inouïe contre eux, faisant 37 morts, note Piscal Torre.
« Cette nouvelle catastrophe migratoire survient alors que Rabat et Madrid viennent de normaliser leurs relations sur le dos des Sahraouis », note Piscal Torre.
« Cet évènement n’est pas une nouveauté et à n’en pas douter, il se reproduira. Il résulte essentiellement de l’externalisation du contrôle des frontières. Au gré des conjonctures, Rabat instrumentalise ce dossier à des fins politiques, renforçant ou fermant les yeux sur ces mouvements. Véritable chantage aux migrants, cette politique voulue par l’Union européenne lui revient comme un boomerang au prix de violations des droits humains tout en permettant au Maroc d’engranger 183 millions d’euros et de renforcer son rôle sur la scène internationale », précise-t-il.
« Le cynisme du pouvoir s’exprime avec la même brutalité envers le peuple marocain. Les politiques néolibérales mises en œuvre ont plongé l’économie dans le marasme et la société dans le désarroi. Alors que la croissance est atone, les prix flambent, le chômage et les inégalités ont atteint des proportions inégalées. On estime que 20% de la population vit dans la pauvreté absolue, 40% dans la pauvreté relative et 60% dans la précarité tandis que les couches moyennes se paupérisent rapidement. Les systèmes éducatifs et de santé sont exsangues obligeant les familles à consentir des sacrifices inouïs. La guerre en Ukraine, la sécheresse et les mauvaises récoltes amplifient ces problèmes », précise le responsable adjoint du secteur international du PCF.
Pendant ce temps, l’affairisme et la prédation sont au cœur de l’État. Le Premier ministre, magnat des hydrocarbures, s’enrichit scandaleusement en réalisant des marges exorbitantes sur les produits pétroliers. Le roi Mohammed VI, son entourage et certaines élites, adeptes de la corruption et du népotisme, mènent une vie somptueuse, accaparant les richesses et dilapidant les ressources du pays.
« La justice est instrumentalisée par le pouvoir marocain pour museler les voix dissidentes et la presse, y compris la presse internationale. A cela s’ajoute la surveillance numérique avec le logiciel israélien Pegasus », note Piscal Torre.
L’alliance entre le Maroc et Israël
La normalisation des relations diplomatiques depuis 2020 dans le cadre des accords d’Abraham, s’est effectuée avec une contrepartie concédée par D. Trump : la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Depuis, Rabat ignore la répression et ne dénonce plus la colonisation des territoires occupés même si l’opinion publique marocaine reste hostile à cette normalisation et a toujours le cœur qui bat pour la Palestine.
Certes, Rabat entretient des relations anciennes avec Israël qui se sont concrétisées lors de la guerre des sables (1963) et par de nombreux investissements. Mais l’évolution récente reconfigure l’équilibre stratégique du Maghreb.
Les partenariats se multiplient dans l’agriculture, l’industrie, les technologies, la sécurité et la défense. Mais surtout un nouvel axe guerrier regroupant les monarchies pétrolières du Golfe, l’Egypte, les Etats-Unis, Israël et le Maroc se met en place. Mohammed VI a donné des gages en participant à la sale guerre du Yémen. Depuis, Rabat dépense sans compter dans l’achat de drones, de systèmes de défense anti-aériens et antimissiles et renforce sa collaboration militaire avec Israël. Les ministres de l’Etat hébreu se succèdent désormais et menacent directement l’Algérie, note Pascal Torre.
Parallèlement Israël se sert du Maroc pour accroître son influence en Afrique de l’Ouest et obtenir un siège d’observateur au sein de l’Union Africaine, note Pascal Torre.
La question centrale du Sahara occidental
L’occupation illégale du Sahara occidental et le refus d’appliquer les résolutions de l’ONU sur le droit à l’autodétermination du peuple saharaoui par l’organisation d’un référendum est la matrice de tous les problèmes. Or le Maroc a choisi la fuite en avant militaire, diplomatique et répressive, accuse le responsable adjoint du secteur international du PCF.
Rabat a rompu le cessez-le-feu lors d’opérations militaires en 2021 contribuant à la reprise des hostilités. Sur le plan diplomatique, Paris bloque systématiquement toutes les initiatives en faveur de la paix mais devrait subir un revers avec la prochaine décision de la Cour européenne de justice sur les tarifs douaniers préférentiels dont jouissent les produits issus des territoires occupés. La récente décision de l’Espagne de soutenir le plan illégal d’autonomie promu par le Maroc sur le Sahara occidental est également à l’origine de la dégradation des relations entre Madrid et Alger. Cependant, la visite qu’effectue le représentant du secrétaire général de l’ONU Staffan de Mistura pourrait constituer un point d’appui pour la reprise du dialogue sur la base du respect du droit.




