Le côté obscur de l’organisation de la Coupe du monde au Maroc

Contrairement au discours euphorique du régime du Makhzen sur son apport potentiel en termes de tourisme, d’emplois et de développement, l’organisation de la Coupe du monde au Maroc – avec l’Espagne et le Portugal en 2030 – a un coup considérable pour le pays et son économie.
Les dépenses excessives en infrastructures et en stades ont conduit les autorités du pays à s’endetter massivement et à se retrouver face à une colère populaire grandissante, alors que les Marocains sont de plus en plus inquiets en observant leurs revenus qui ont considérablement diminué en raison de la hausse des prix des produits de première nécessité.
Le journal français « Libération » a jeté la lumière, dans une enquête récente, sur le côté sombre des préparatifs de la Coupe du monde 2030 au Maroc, en se concentrant sur les démolitions de maisons, ainsi que le déplacement et expropriation des résidents dans plusieurs vieux quartiers populaires de villes marocaines candidates pour accueillir l’évènement sportif.
Le rapport a consacré une partie importante au quartier de « Douar Al-Asker » à Rabat, où il a recueilli les opinions de certains résidents qui ont été surpris par les décisions d’évacuation et de démolition dans des délais courts, sans clarification sur les lieux de réinstallation ou les détails des indemnisations.
Dans ce quartier, les autorités accélèrent la campagne des expropriations, des expulsions forcées et des démolitions de maisons, au nom du « nouveau plan d’aménagement urbain de Rabat ».
Beaucoup d’habitants considèrent que le gouvernement marocain ne détruit pas seulement des maisons dans ce vieux quartier populaire, mais détruit également la vie des gens.
«Je n’ai nulle part où aller. Ils n’ont qu’à m’arracher de terre avec le reste de la maison », s’est plainte auprès de « Libération » Fatiha, l’une des 3 000 familles qui sont menacées d’expropriation dans ce quartier, qui vit depuis quelques jours aux rythmes de bruits des bulldozers et autres pelleteuses tout près de son domicile, mais qui refuse d’être chassée de chez elle.
«On déloge des gens qui habitent sur place depuis des dizaines d’années pour un événement qui durera cinq semaines, c’est honteux», s’indigne Hakim Saikouk, président de la section de Rabat de l’Association marocaine des droits humains.
Il a souligné que « ces démolitions sont mises à exécution en dehors du respect des lois en vigueur, de la Constitution et des conventions internationales relatives à l’expropriation».
En plus de caractère illégal du caractère de ces opérations d’expropriation, les résidents sont souvent victimes d’abus et de méthodes trompeuses par les autorités. «C’est scandaleux. On fait signer à nos aînés analphabètes des documents qu’ils ne comprennent pas. Le lendemain, on leur signifie qu’ils ont acté la cession de leur bail et qu’ils doivent quitter les lieux au plus vite », s’indigne Ahmed, 22 ans, dont la famille est également menacée d’expulsion.
Le journal a indiqué que les préparatifs de la Coupe du monde accélèrent le changement du paysage urbain au détriment des catégories les plus vulnérables.
« Libération » a confirmé que ces mesures ont suscité une large vague de mécontentement populaire. Certains habitants ont protesté devant les municipalités contre ces décisions mais sans aucun résultat.
Certains d’entre eux ont été déplacés hors de la capitale, dénonçant ainsi une décision de « déplacement forcé et arbitraire ». Très frustrés et remontés, les ménages qui se trouvent chassés de chez eux estiment que l’État ne se soucie plus des souffrances des gens, mais a désormais pour objectif d’impressionner les étrangers et les touristes avec des projets majeurs et des infrastructures, qualifiant la situation de « honte » et de « déplacement forcé ».
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