Génocide des Tutsis : la Banque de France visée par une plainte pour complicité

Le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) a déposé le 4 décembre une plainte contre la Banque de France pour complicité présumée de génocide et de crimes contre l’humanité liés au massacre des Tutsis en 1994, ont révélé jeudi Libération et Radio France.
Le génocide des Tutsis au Rwanda s’est déroulé entre le 7 avril et le 17 juillet 1994, faisant environ 800 000 à 1 000 000 morts selon l’ONU. Il s’agit de l’un des épisodes les plus tragiques du XXᵉ siècle, marqué par une extermination systématique des Tutsis et des Hutus modérés par les milices extrémistes hutu et les forces gouvernementales.
La plainte s’appuie sur une série de virements jugés suspects, susceptibles d’avoir contribué à l’approvisionnement des forces génocidaires. Entre mai et août 1994, sept transferts, pour un total de 3,17 millions de francs (environ 486 000 euros), ont été réalisés depuis le compte de la Banque nationale du Rwanda (BNR) détenu à la Banque de France.
À cette période, la BNR était sous le contrôle des autorités responsables du génocide, alors même que l’ONU avait imposé un embargo sur les armes le 17 mai.
Les documents cités par le CPCR indiquent que ces fonds auraient été destinés à la société française Alcatel, soupçonnée d’avoir fourni des équipements de communication, ainsi qu’à plusieurs ambassades rwandaises. Objectif: l’achat de matériel militaire, selon les auteurs de la plainte du CPCR.
« Quand on achète des armements, les transferts ne se font jamais directement. L’argent passe par les ambassades, une façon de brouiller les pistes », explique Alain Gauthier, président du collectif. Des témoignages évoquent notamment l’acquisition de téléphones satellites, jugés stratégiques par le gouvernement intérimaire rwandais pour maintenir ses communications.
La plainte met en avant une interrogation clé : la Banque de France pouvait-elle réellement ignorer la finalité de ces transferts en pleine période d’embargo sur les armes ? Pour Alain Gauthier, la réponse est évidente : « Tout le monde savait », rappelle-t-il, soulignant que les Nations unies avaient instauré l’embargo dès le 14 mai 1994.
Le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR) affirme que sa mission principale est de traduire devant la justice française les individus soupçonnés d’avoir pris part au génocide des Tutsis et qui ont bénéficié d’un accueil jugé trop indulgent en France, selon un message publié sur sa page Facebook.
(Agences)




