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France : la bataille politique autour de la colère sociale s’intensifie

La contestation sociale en France se retrouve au centre d’une bataille politique et médiatique, des personnalités politiques et intellectuelles dénonçant des tentatives d’ethniciser et de communautariser la colère populaire, au moment où les défaillances du dispositif de maintien de l’ordre ont été reconnues par les autorités.

La polémique suscitée par des propos tenus sur une chaîne de télévision locale, samedi, lors de la couverture des violences ayant accompagné les manifestations, a ravivé les critiques contre les amalgames associant les auteurs de dégradations à l’Islam et aux populations issues de l’immigration, au risque de détourner le débat des revendications sociales à l’origine de la mobilisation.

La polémique porte sur une intervention de Bruno Pomart, ancien policier du RAID (unité d’élite de la police), devenu consultant d’une chaîne de télévision locale, qui a semblé employer l’expression « révolutionnaires d’Allah » en commentant les images des violences.

Une séquence qui ne passe pas inaperçue.

Dans leur stratégie de défense, la chaîne et son consultant tentent de nier que de tels propos aient été tenus.

L’intéressé a contesté cette interprétation, affirmant avoir fait référence à des révolutionnaires « à la Che Guevara ».

La chaîne a évoqué des propos « qui prêtent à confusion », tout en indiquant que l’interprétation contestée ne correspondait pas à la version de son intervenant.

Rapidement relayé sur les réseaux sociaux, l’extrait suscite de nombreuses réactions.

Le député de La France insoumise (LFI), Thomas Portes, a dénoncé sur les réseaux sociaux des propos qu’il a qualifiés d’islamophobes.

Le journaliste Amine Snoussi a également critiqué cette séquence. « Ils veulent dresser les Français les uns contre les autres pour sauver l’ordre social  leur procédé est clair.

Ethniciser la colère sociale et importer leur fantasme de guerre des civilisations dans la lutte sociale », a analysé, de son côté, Youcef Aqira, conseiller municipal (LFI).

Le politologue Pascal Boniface a, lui aussi, dénoncé des propos qu’il a qualifiés de « clairement islamophobes », contestant la version avancée par l’intervenant concerné.

Au-delà de la controverse sur les mots effectivement prononcés, cette séquence a ouvert un débat sur le risque de présenter une mobilisation sociale à travers une religion, alors que les revendications initiales concernent notamment le pouvoir d’achat, les conditions d ‘étude et les services publics.

Cette controverse intervient dans un contexte où les violences commises en marge des manifestations ont largement pris le dessus dans le débat public, éclipsant les revendications des participants aux rassemblements pacifiques.

L’historien spécialiste des mouvements sociaux, Stéphane Sirot, a mis en garde contre cette confusion, estimant que « la tentation existe, notamment au sein du pouvoir politique, de faire l’amalgame entre les manifestations pacifiques et les actes violents », ces derniers contribuant à la  » délégitimation d’un mouvement social ».

Il a également critiqué le recours récurrent à la notion de « violences urbaines » dans le discours gouvernemental, estimant que cette lecture peut conduire à privilégier l’intimidation et la répression plutôt que la recherche d’un compromis avec les acteurs sociaux.

=Les défaillances sécuritaires reconnues=

La polémique sur la lecture identitaire de la contestation se double d’une crise de confiance sur la capacité des autorités à anticiper les violences et à garantir le droit de manifester.

Le président français, Emmanuel Macron, a reconnu lundi des « défaillances en matière de renseignements et de prévoyance ».

Cependant, il n’a proposé aucune solution concrète aux revendications soulevées lors des manifestations du 17 octobre.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a, de son côté, reconnu une « perte de contrôle » des forces de l’ordre dans certaines villes et un manque d’anticipation dans le déploiement des effectifs.

Les maires des plus grandes villes ont exigé lundi des réponses du gouvernement sur ce qu’ils ont qualifié de manque de préparation des forces de sécurité.

A six mois de l’élection présidentielle, les violences de samedi dernier alimentent les affrontements entre les différentes forces politiques.

Le Rassemblement national (RN) accuse La France Insoumise (LFI) d’avoir contribué aux débordements, tandis que l’homme politique Jean-Luc Mélenchon et plusieurs élus rejettent ces accusations et mettent en cause la gestion du gouvernement de la crise qu’ils tiennent pour unique « responsable du chaos », dénonçant une stratégie de « pourrissement » de la situation.

Le débat autour de la contestation dépasse ainsi la seule question de l’ordre public : il porte également sur la manière dont les revendications populaires sont représentées, interprétées et exploitées dans la perspective de l’échéance électorale.

La crise actuelle met ainsi à l’épreuve la capacité des autorités à rétablir l’ordre public sans alimenter les fractures sociales et identitaires, alors que les revendications liées au pouvoir d’achat et aux services publics restent au cœur de la contestation.

Presse internationale

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