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Afflux migratoire à Ceuta : l’inquiétude grandit chez les familles marocaines face aux disparitions et au silence du Makhzen

À la frontière de Ceuta, l’espoir et l’angoisse se mêlent pour de nombreuses familles marocaines toujours à la recherche de leurs proches. Alors que la quasi-totalité des migrants ayant franchi la frontière ces derniers jours sont retournés au Maroc, certaines familles restent sans nouvelles de leurs enfants, frères, sœurs ou amis. Face à cette tragédie, le silence des autorités marocaines suscite de plus en plus d’indignation.

Du côté marocain de la frontière avec l’enclave espagnole de Ceuta, des mères, des pères, des frères, des sœurs et des amis se rassemblent dans l’espoir de retrouver la trace d’un proche. À chaque migrant de retour, la même question revient : « Avez-vous vu mon fils ? Ma fille ? Mon frère ? »

Selon les autorités espagnoles, près de 72 000 migrants ont franchi la frontière vers Ceuta ces derniers jours. La quasi-totalité d’entre eux sont depuis retournés au Maroc, certains après avoir été expulsés par les autorités espagnoles, d’autres volontairement après avoir constaté qu’ils n’étaient pas les bienvenus.

Pour certaines familles, le retour d’un proche a été un immense soulagement. Pour d’autres, l’attente se poursuit dans l’angoisse et l’incertitude.

Alors que les premiers migrants regagnaient le Maroc au compte-gouttes, des familles se sont présentées à la frontière, brandissant des photographies imprimées de leurs proches disparus. Elles interpellaient les migrants rapatriés, espérant qu’un visage soit reconnu ou qu’un témoignage puisse apporter une réponse.

« Je cherche mon fils depuis cinq jours », témoigne Ibtissam Chari, dont le fils Rayan a franchi la frontière avec des amis après avoir appris son ouverture. « Il m’a appelée à son arrivée, et depuis, je n’ai plus de nouvelles. »

Une autre mère attend également des nouvelles de son fils âgé de 12 ans, parti à Ceuta avec son frère aîné. Seul ce dernier est revenu.

« Je n’ai rien d’autre à faire que de venir ici et d’attendre », raconte-t-elle sous couvert d’anonymat. « Je passe toutes mes journées ici. Je reviendrai demain. »

Sur les réseaux sociaux, les groupes Facebook autrefois utilisés pour suivre les mouvements à la frontière ont désormais changé de vocation. Les familles y publient les photographies de leurs proches disparus, demandant à toute personne susceptible de les avoir aperçus de leur transmettre des informations.

Le silence scandaleux du Makhzen

Alors que l’inquiétude grandit parmi les familles, le régime marocain du Makhzen et les autorités marocaines observent un silence total face à cette tragédie. Cette absence de réaction officielle traduit un mépris à l’égard des victimes et de leurs familles, mais également de la population marocaine confrontée depuis plusieurs jours à une crise humaine particulièrement douloureuse.

Après plusieurs jours de drame à Ceuta et alors que le bilan humain demeure incertain, aucune mesure symbolique majeure n’aurait été annoncée par les autorités marocaines. Le roi Mohammed VI n’a notamment pas décrété de deuil national pour honorer les victimes, ni annoncé de dispositif particulier d’accompagnement ou d’aide en faveur des familles plongées dans l’angoisse.

Cette absence de réaction officielle contraste fortement avec l’ampleur du drame vécu par les familles marocaines, dont certaines ignorent toujours le sort de leurs proches.

Plus encore, la crise migratoire n’aurait pas empêché plusieurs hauts responsables marocains de poursuivre leurs vacances. Le Premier ministre marocain, Aziz Akhannouch, s’est ainsi rendu à Majorque, en Espagne, à bord d’un avion privé pour ses vacances, en pleine crise migratoire à Ceuta.

Cette présence du chef du gouvernement marocain en Espagne au moment où des milliers de Marocains tentaient de franchir la frontière de Ceuta a provoqué une vive indignation. Cette situation illustre le décalage entre les responsables politiques et une population abandonnée seule face à son chagrin.

Au-delà des images spectaculaires de l’afflux vers Ceuta, cette crise migratoire met en lumière une réalité sociale plus profonde. La pauvreté, le chômage des jeunes et l’absence de perspectives constituent, selon de nombreux observateurs, des facteurs majeurs poussant la jeunesse marocaine à risquer sa vie pour rejoindre l’Europe.

L’afflux massif vers Ceuta est ainsi présenté comme le symptôme d’une crise politique, économique et sociale qui s’aggrave, notamment sous l’effet des politiques économiques libérales du gouvernement d’Aziz Akhannouch.

La réduction des subventions, l’accélération des privatisations et la hausse du coût de la vie auraient contribué à accentuer les difficultés des Marocains. La hausse des prix des carburants, annoncée et appliquée cette semaine, pèse notamment sur les transports et se répercute sur de nombreux secteurs de l’économie.

Les mobilisations de la génération Z au Maroc ont d’ailleurs témoigné d’une frustration croissante face aux inégalités sociales, au chômage et à la qualité des services publics.

(Al24News)

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