Soudan : de nouvelles manifestations anti coup d’Etat

La répression contre les manifestants se poursuit. Des milliers de Soudanais convergeaient, dimanche 2 janvier, vers le palais présidentiel à Khartoum, bravant grenades lacrymogènes, coupure des télécommunications et déploiement massif de soldats en armes.
Comme pour toutes les manifestations, qui se déroulent depuis le coup d’Etat du général Abdel Fattah Al-Bourhane le 25 octobre, les autorités ont une nouvelle fois tenté, en vain, de tuer la mobilisation dans l’œuf en érigeant barrages physiques et virtuels.
Khartoum est, depuis plusieurs jours, coupée de ses banlieues par des conteneurs placés en travers des ponts sur le Nil. Internet et les téléphones portables ne fonctionnent plus depuis le matin et, sur les principaux axes, des membres des forces de sécurité juchés sur des blindés armés de mitrailleuses lourdes surveillent les passants. Mais des milliers de Soudanais ont, malgré tout, répondu à la mi-journée à l’appel des militants à manifester « en mémoire des martyrs ».
Alors que 54 personnes ont été tuées et des centaines blessées depuis le coup d’Etat du général Abdel Fattah Al-Bourhane le 25 octobre, le pays a connu un nouveau pic de violences jeudi. Cinq manifestants réclamant un pouvoir civil au Soudan ont été tués par balles à Khartoum, selon un syndicat de médecins prodémocratie.
Des violences qui se sont déroulées à huis clos ce jour-là, car les forces de sécurité avaient installé à l’aide de grues des conteneurs qui bloquent toujours les ponts reliant Khartoum à ses banlieues. Les autorités avaient aussi suspendu les communications téléphoniques et l’Internet mobile, tandis que des officiers ont arrêté et passé à tabac les journalistes de deux chaînes saoudiennes.
Dimanche de nouveau, ils étaient pourtant des milliers à défiler aux cris de « Les militaires à la caserne » et « Le pouvoir au peuple », tandis que des jeunes à moto sillonnaient la foule, prêts à embarquer les blessés car, à chaque mobilisation, les ambulances sont bloquées par les forces de sécurité.
Les militants appellent à faire de 2022 « l’année de la poursuite de la résistance », réclamant justice pour les dizaines de manifestants tués depuis le putsch, mais aussi pour les plus de 250 civils abattus lors de la « révolution » de 2019. Cette année-là, la pression populaire forçait l’armée à démettre l’un des siens, Omar Al-Bachir, après trente années de dictature militaro-islamiste.
Alors, généraux et civils s’entendaient sur un calendrier de transition qui prévoyait une remise du pouvoir tout entier aux civils, avant des élections libres en 2023. Mais le 25 octobre, le général Bourhane a rebattu les cartes : il a prolongé par ce qu’il appelle sa « correction du cours de la révolution » son mandat de fait à la tête du pays de deux ans et réinstallé un mois plus tard le premier ministre civil, Abdallah Hamdok. Ce dernier n’est plus apparu en public depuis des jours alors que des rumeurs de démission ne cessent d’enfler.
Le général peine toutefois à présenter aux 45 millions de Soudanais le gouvernement civil qu’il a promis en réinstallant le premier ministre civil, Abdallah Hamdok, le 21 novembre, après un mois de résidence surveillée.
Dans un pays qui n’a vécu que sous la férule de l’armée depuis son indépendance il y a soixante-cinq ans, les manifestants veulent aussi, comme le proclament leurs slogans, que « les militaires rentrent dans leurs casernes » et que le pays prenne le chemin de la démocratie. Dans le camp du pouvoir, un conseiller du général Bourhane a jugé vendredi que « les manifestations ne sont qu’une perte d’énergie et de temps » qui ne mènera « à aucune solution politique ».



