Maroc : violents affrontements à Casablanca lors de la démolition d’un quartier habité par d’anciens militaires

Mardi, au Maroc, une opération de démolition dans un quartier informel de Casablanca a dégénéré en heurts violents lorsque des habitants se sont affrontés aux forces de l’ordre du Makhzen, transformant l’intervention en scène de chaos dans une zone majoritairement occupée par d’anciens militaires.
Casablanca a été le théâtre, mardi 7 avril 2026, d’affrontements particulièrement tendus entre habitants du quartier informel de Hqel ar-Rimaya, situé dans la zone d’Aïn Borja, et les forces de l’ordre venues superviser une vaste opération d’évacuation et de démolition.
D’après les autorités locales, cette intervention s’inscrivait dans le cadre d’une campagne nationale visant à éradiquer l’habitat précaire. Mais sur le terrain, la situation a rapidement dégénéré : plusieurs habitants ont refusé de quitter leurs logements, certains y résidant depuis des décennies sans ressources ni moyens financiers pour acquérir un nouveau domicile.
Des groupes de résidents ont tenté d’empêcher l’avancée des équipes de démolition, lançant des pierres en direction des forces de l’ordre. Les unités de la police et de la force auxiliaire, déployées en nombre, ont répliqué pour disperser les manifestants, provoquant une montée rapide de la tension. Les forces de l’ordre ont utilisé des matraques et un canon à eau pour disperser les résidents, parmi lesquels se trouvaient de nombreuses personnes âgées, des femmes et des enfants.
Les autorités ont fait état de plusieurs blessés parmi les forces de l’ordre, certains touchés par des projectiles. Des arrestations ont également été effectuées.
Sur les réseaux sociaux, des internautes marocains ont diffusé des images montrant des groupes de manifestants lançant des pierres sur des policiers venus réprimer les contestataires. Ces vidéos ont suscité une vague d’indignation.
Un internaute a dénoncé « un abus de pouvoir par le Makhzen » et « une violation des droits humains », s’interrogeant : « Où sont les droits, où est l’humanité ? »
Un autre a décrit « une journée triste et extrêmement difficile », évoquant « une véritable tragédie » et une atmosphère mêlant « colère, larmes et peur de l’inconnu ».
Le quartier, parfois appelé Douar al-Askari (le douar des militaires), abrite depuis des décennies de nombreuses familles de retraités des Forces armées royales. Plusieurs résidents affirment avoir été installés sur place depuis les années 1970, parfois sur la base de décisions administratives anciennes, ce qui nourrit leur sentiment d’injustice face aux opérations d’évacuation menées par le makhzen.
Beaucoup disent ne pas disposer des moyens financiers nécessaires pour accéder à un logement neuf, en raison de pensions de retraite insuffisantes. Les personnes âgées et les veuves, particulièrement nombreuses dans le quartier, se disent menacées de se retrouver sans solution viable.
Les habitants affirment disposer de « preuves historiques et administratives » justifiant leur maintien sur place. Ils dénoncent une opération menée « sans garanties ni compensations », selon les témoignages recueillis par les médias. Lors des manifestations, des slogans exprimant colère contre le régime du Makhzen et détresse ont été scandés.
Ces affrontements surviennent alors que la presse marocaine a récemment relayé un document officiel listant de nouveaux quartiers susceptibles d’être concernés par des opérations de déplacement forcé et de démolition, notamment à Rabat. Selon ces publications, plusieurs milliers de familles pourraient être touchées.
À Rabat, comme dans d’autres villes du royaume, des opérations de démolition et de relogement sont menées depuis plusieurs mois. Des militants associatifs affirment que certaines zones seraient destinées à accueillir des investisseurs privés, y compris étrangers — des accusations que les autorités n’ont pas commentées publiquement.
Selon ces organisations, les démolitions se poursuivent malgré des conditions climatiques difficiles et en pleine année scolaire, ce qui accentue la vulnérabilité des familles concernées.
(Al24News)



