Maroc : report du procès de Mohamed Ziane, illustration d’un acharnement judiciaire

La Cour d’appel de Rabat a une nouvelle fois repoussé, mardi 31 mars 2026, le procès de l’ancien ministre marocain des Droits de l’Homme et avocat Mohamed Ziane, désormais fixé au 4 avril.
À 83 ans, le prisonnier le plus âgé du monde reste incarcéré à la prison d’El Arjat, malgré la fin d’une peine qu’il avait purgée en novembre 2025. Ce nouveau report s’inscrit dans une longue série de procédures et de condamnations qui, selon les défenseurs des droits humains, traduisent une volonté politique du Makhzen de le réduire au silence.
Né en 1943, Mohamed Ziane est un avocat, ancien ministre des Droits de l’Homme (1995-1996) et ancien bâtonnier. Connu pour ses critiques virulentes contre le gouvernement et les services de sécurité, il est devenu au fil des années l’un des opposants les plus emblématiques du régime du Makhzen.
Son arrestation en novembre 2022, suivie d’une condamnation à trois ans de prison pour onze chefs d’accusation, a marqué le début d’une spirale judiciaire.
Ses multiples procès et condamnations – pour « outrage à agent public », « diffamation », « harcèlement » et « détournement de fonds publics électoraux » entre autres – sont considérés par ses soutiens comme des accusations fabriquées pour le discréditer.
En avril 2025, la Cour d’appel avait déjà reporté une audience au 7 mai, après un malaise cardiaque de Ziane lors d’une précédente session. Ses avocats et sa famille avaient alors dénoncé une justice instrumentalisée, rappelant qu’il souffrait de plusieurs maladies chroniques. L’Organisation marocaine de soutien aux détenus politiques avait exprimé son inquiétude face à la détérioration de son état de santé.
Ces reports successifs, ajoutés aux condamnations multiples, sont perçus par les ONG comme une stratégie d’usure visant à prolonger indéfiniment sa détention.
En novembre 2025, après avoir purgé une peine de trois ans, Ziane avait entamé une grève de la faim pour protester contre son maintien en détention. Sa famille avait dénoncé une « détention arbitraire », affirmant qu’il aurait dû être libéré. Des organisations marocaines et internationales avaient alors alerté sur les risques encourus par un prisonnier de 83 ans, souffrant de maladies multiples.
Pour les défenseurs des droits humains, ce refus d’appliquer la loi sur la fusion des peines illustre une justice soumise aux pressions politiques. Ils y voient un « acte de vengeance » et un « signal inquiétant » pour l’indépendance judiciaire.
Ziane est devenu l’ennemi public du régime du Makhzen après avoir appelé à l’abdication du roi Mohammed VI en 2022, dénonçant son absence prolongée du pays : « On ne peut pas diriger un pays via Zoom », avait-il déclaré au journal espagnol El Independiente. Depuis, il est la cible d’une campagne de diffamation dans les médias marocains, où il a été qualifié de « traître ».
L’Association marocaine des droits humains (AMDH), ainsi que plusieurs ONG internationales, dénoncent un « acharnement judiciaire » et une « instrumentalisation de la justice ». Pour elles, l’affaire Ziane dépasse le cas individuel : elle illustre la fragilité de l’État de droit au Maroc et la répression des voix dissidentes.
(Al24News)




