Maroc : la colère sociale étouffée sous les coups de la répression policière
Les forces de sécurité marocaines ont fait un usage excessif de la force, déployant des gaz lacrymogènes et procédant à des dizaines d’arrestations, alors que des milliers de manifestants à travers le royaume sont descendus dans la rue pour protester contre la hausse du coût de la vie et la détérioration des services de la santé et de l’éducation.
Selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, les forces de l’ordre ont procédé dimanche dernier à une intervention musclée lors d’un sit-in organisé devant l’hôpital provincial à Essaouira pour dénoncer la dégradation du système de santé public. Des citoyens se sont rassemblés pour exprimer leur colère face aux conditions sanitaires jugées alarmantes : manque de personnel médical, équipements défaillants, et accès difficile aux soins.
Malgré le caractère pacifique de la mobilisation, les autorités marocaines ont répondu par une répression brutale, procédant à des arrestations et à la dispersion des manifestants. Cette intervention musclée illustre une fois de plus le refus du dialogue et la criminalisation des revendications sociales par le Makhzen.
D’après Omar Arbib, membre du bureau central de l’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH), cité par la presse marocaine, les personnes interpellées incluent quatre membres du bureau local de l’association, quatre adhérents, ainsi que des membres du comité préparatoire à l’origine de l’appel à manifester. Cette intervention a suscité l’indignation parmi les militants, qui dénoncent une atteinte au droit fondamental de manifester pacifiquement.
Le Makhzen muet face à l’urgence sanitaire
Le système de santé publique au Maroc est confronté à une crise majeure, suscitant une vague de mobilisation citoyenne. Le décès tragique de huit jeunes femmes à l’hôpital Hassan II d’Agadir a révélé les dysfonctionnements criants des services d’urgence : surpopulation, pénurie d’équipements, et détérioration des conditions de prise en charge.
Face à cette situation alarmante, les tensions sociales se sont intensifiées, donnant lieu à un appel à manifester les 27 et 28 septembre sous le mot d’ordre « La Voix de la Jeunesse Marocaine ». Des Marocains, en particulier des jeunes, se sont rassemblés pour réclamer une réforme profonde et équitable des secteurs de la santé et de l’éducation, dans un contexte marqué par une privatisation galopante et une aggravation des inégalités d’accès aux soins.
Les mobilisations citoyennes à Agadir, déclenchées par la détérioration alarmante du système de santé, ont rapidement gagné en ampleur, provoquant une onde de choc à travers tout le Maroc. L’indignation s’est propagée dans plusieurs villes, où les appels à manifester se sont multipliés pour dénoncer les conditions indignes dans les établissements de santé.
Ces protestations mettent à nu le discours véhiculé par le régime du Makhzen sur les réformes et le progrès.
Crise en chaîne, indifférence officielle
Les alertes se multiplient dans les rapports et communiqués, pointant du doigt la gravité de la situation sanitaire au Maroc. Le Centre Marocain des Droits de l’Homme a tiré la sonnette d’alarme en livrant un constant sombre : le système de santé publique est en crise profonde.
Les mobilisations dans des villes marocaines telles que Zagora, Khénifra, Inezgane, Larache, Casablanca et bien d’autres, déclenchées par des décès tragiques liés à la négligence médicale, au manque de personnel ou à des défaillances techniques, illustrent une réalité alarmante. Ces événements ne sont pas des cas isolés, mais les symptômes d’un dysfonctionnement systémique.
Dans un rapport publié ce vendredi, le Centre a recensé de nombreux dérèglements structurels : négligence généralisée, absence de contrôle, corruption, disparition suspecte d’équipements, obligation faite aux patients d’acheter du matériel chirurgical dans des pharmacies désignées, favoritisme dans la distribution des médicaments, sans oublier les abus et humiliations infligés aux malades et à leurs proches par des agents de sécurité privée ou certains membres du personnel soignant.
L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a vivement dénoncé le recours à la répression et aux arrestations pour faire taire les protestations citoyennes contre la crise du système de santé public.
L’AMDH a affirmé, dans un communiqué, que l’État a lancé une « campagne de répression centralisée » dans plusieurs villes, dont Essaouira, Béni Mellal et Tata, afin de masquer l’incapacité des hôpitaux, y compris universitaires, à fournir le minimum de services médicaux, en raison de la vétusté des infrastructures, du manque d’équipements, de l’absence de personnel et de la pénurie de médicaments.
L’organisation a réaffirmé son soutien à toutes les formes de mobilisation exigeant la mise en œuvre effective des droits fondamentaux, au premier rang desquels le droit à la santé, à l’éducation, à l’emploi, au logement et à une vie digne, appelant les autorités à libérer immédiatement et sans conditions toutes les personnes arrêtées dans le cadre de ces manifestations.
L’Association Nationale des Diplômés Chômeurs du Maroc (ANDCM) a publié un communiqué dénonçant la répression croissante des mobilisations citoyennes à travers le pays, y voyant une violation flagrante des conventions internationales garantissant les droits civiques et sociaux.
L’ANDCM a pointé particulièrement du doigt les interventions musclées contre les sit-in organisés à Agadir et Essaouira, ainsi que les arrestations politiques ciblant des militants à Taounate, Agadir et Essaouira.
(Al24News)






