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Maroc : GenZ 212 reprend la rue, sous une répression de plus en plus brutale

Répression devant le Parlement marocain, des proches de victimes tuées par les forces de l’ordre à Lqliâa, interpellés

Le collectif GenZ 212, à l’origine du plus vaste soulèvement social qu’ait connu le Maroc depuis deux décennies, a annoncé cette semaine son retour dans la rue après plusieurs semaines de pause.

Cette reprise intervient dans un contexte de répression renforcée, touchant les familles et proches de contestataires tués par balles lors de la répression brutale des manifestants par les forces de l’ordre du Makhzen.

Profitant de la Journée internationale des droits de l’homme, les jeunes protestataires ont invité à une mobilisation nationale autour du slogan : « La grande marche pour la liberté et la dignité ».

Ce mouvement a été déclenché par le contraste saisissant entre les milliards investis dans les stades pour la Coupe du monde de la FIFA 2030 et l’état défaillant du système de santé, en retard par rapport aux autres pays dans la région.

Dans un communiqué enflammé publié sur les réseaux sociaux, le mouvement a appelé toute la jeunesse marocaine à descendre dans la rue le 10 décembre. Objectif : dénoncer les injustices sociales et politiques et exiger la libération des prisonniers d’opinion.

« Nous reconquerrons les places publiques ! », « Nos voix résonneront dans les rues ! », « Nos cris de liberté atteindront nos frères derrière les barreaux ! »… Autant de slogans qui donnent le tempo d’une mobilisation annoncée comme massive et déterminée.

Des rassemblements sont programmés dans plusieurs villes du royaume : Rabat (devant le Parlement), Casablanca (Darb Sultan), Fès (faculté de Dhar El Mehraz), ainsi qu’à Meknès, Tanger, Tétouan, Larache et Khémisset, entre 17h30 et 18h30. À l’étranger, un rassemblement est également prévu à Paris, Place de la République, à 18h30, en signe de solidarité avec les revendications de la jeunesse marocaine.

« Un Maroc à deux vitesses »

Le mouvement se présente comme une réponse directe aux politiques de marginalisation et à la répression politique. Dans son dernier communiqué, le collectif GenZ 212 a dénoncé les inégalités sociales et la corruption qui gangrènent le pays.

« Nous sortirons pour dire non à un Maroc à deux vitesses… Un Maroc où la dignité humaine est bafouée dans le Haouz, dans les bidonvilles, les écoles, les hôpitaux et les usines… et un autre Maroc où se trament les grandes affaires et les projets de façade sous la tutelle de puissants lobbies de la corruption », a déclaré le collectif GenZ 212.

« Nous rappellerons au monde que nous ne vivons pas bien dans notre pays, que nous avons un besoin urgent de changement réel et de mesures concrètes pour rompre avec la corruption, l’injustice et l’oppression. La libération des détenus est la première étape de ce chemin », a-t-il ajouté.

Arrestations de proches des victimes de Lqliâa

Le 9 décembre 2025, les autorités marocaines ont arrêté plusieurs membres de familles endeuillées par les événements sanglants de Lqliâa, liés aux protestations du mouvement GenZ. Les interpellations ont eu lieu à Rabat, devant le Parlement, alors que les proches des victimes tenaient une veillée pour exiger la vérité sur la mort de leurs enfants, abattus par balles lors d’une intervention de la gendarmerie royale en octobre dernier.

Parmi les personnes arrêtées figurent Rahali Khalifa, père du défunt Mohamed Rahali, sa mère Ghazlan et sa sœur Hajar. Ont également été interpellés Obla Abdelkabir, père du défunt Abdessamad Obla, ainsi que Drafidi Abdelatif, frère du défunt Abdelhakim Drafidi, accompagné de sa mère.

Ces arrestations surviennent à la veille d’une conférence de presse annoncée par l’Association marocaine des droits humains (AMDH), prévue le 10 décembre 2025. L’organisation doit y dévoiler le rapport de la commission d’enquête sur les événements de Lqliâa, considérés comme une étape marquante dans la contestation sociale menée par le mouvement GenZ.

L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a exprimé, mardi 9 décembre 2025, sa « profonde inquiétude et son regret » face à la vague d’arrestations qui a visé plusieurs membres des familles des victimes des événements de Lqliâa.

Dans un communiqué, l’AMDH a affirmé que « ces arrestations arbitraires représentent une violation flagrante des droits humains, et en premier lieu du droit à la protestation pacifique garanti par la Constitution et les conventions internationales ». L’association a souligné que ces pratiques « traduisent la persistance des pressions exercées sur les familles des victimes, au lieu de garantir les conditions de vérité, d’équité et de responsabilité dans les crimes liés à l’usage excessif de la force ».

L’organisation met également en garde contre le décalage entre les discours officiels et la réalité des pratiques : « Ce contraste place l’État face à ses responsabilités légales et morales, et fragilise ses prétentions de respect des engagements internationaux en matière de droits humains. »

« Nous dénonçons fermement l’arrestation des familles des victimes pour avoir simplement exprimé leurs revendications légitimes. Nous exigeons la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus. Nous appelons à l’ouverture d’une enquête sérieuse, transparente et impartiale sur les événements de Lqliâa, afin de déterminer les responsabilités et appliquer les sanctions légales. », est-il indiqué dans le communiqué de l’AMDH.

Année noire pour les droits humains au Maroc

Dans sa déclaration mercredi 10 décembre à l’occasion du 77e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’AMDH a publié un bilan alarmant sur la situation nationale, estimant que l’année 2025 n’a connu « aucun progrès notable » en matière de droits humains, dénonçant une « approche répressive et autoritaire » de l’État face aux mouvements sociaux.

L’AMDH a accusé le régime du Makhzen d’avoir « diabolisé le mouvement GenZ », avant de le réprimer « avec brutalité », allant jusqu’à l’usage de balles réelles à Lqliâa, qui ont causé la mort de trois jeunes et plusieurs blessés. Le rapport cite également des méthodes violentes employées par les forces de l’ordre, telles que des « fourgons lancés contre les manifestants à Oujda » ou encore des « jets de pierres à Inzegane ».

Selon l’association, les interventions sécuritaires ont atteint leur paroxysme le 1er octobre 2025, avec une vague d’arrestations massives : près de 5 800 interpellations, plus de 2 400 poursuites judiciaires, dont environ 1 500 en détention préventive. Parmi les arrêtés figurent des mineurs âgés de seulement 12 ou 14 ans, certains traduits devant les chambres criminelles.

L’AMDH a dénoncé également la poursuite des restrictions sur le droit d’organisation et de rassemblement, l’usage disproportionné de la force pour disperser des manifestations pacifiques, ainsi que l’entrave à la liberté d’expression.

Sur le plan socio-économique, l’association a critiqué des « politiques publiques néolibérales prédatrices » qui aggravent les inégalités et fragilisent les droits sociaux et culturels. Elle pointe la réduction progressive des services publics, la remise en cause du système de compensation, l’absence d’emploi décent et la précarisation croissante du travail.

L’AMDH a remis en cause la nature du système politique marocain, estimant que « la Constitution actuelle concentre les pouvoirs de manière absolue entre les mains du roi ».

(Al24News)

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