Mali : des appels à la désobéissance civile contre les putschistes au pouvoir et pour un changement politique immédiat

De grandes manifestations contre les putschistes au pouvoir et le gouvernement en place sont attendues ce vendredi 9 mai dans la capitale malienne, Bamako, et dans la ville de Ségou, à l’appel des partis politiques pour répondre à la décision de leur dissolution programmée, et exiger la fin de la transition et le retour à l’ordre constitutionnel.
Ces manifestations mettent également en évidence la colère populaire au Mali face à l’aggravation des problèmes sécuritaires et économiques, alors que des appels à la désobéissance civile circulent largement sur les réseaux sociaux.
La tentative du gouvernement militaire malien d’étouffer la dissidence publique en interdisant toute activité politique sera mise à l’épreuve ce vendredi, alors que les critiques, inquiets des problèmes sécuritaires et économiques, appellent à manifester.
Les autorités putschistes, arrivé au pouvoir après les coups d’État de 2020 et 2021, ont annoncé mercredi que tous les travaux des partis politiques et autres organisations politiques étaient suspendus jusqu’à nouvel ordre afin de préserver l’ordre public.
Selon le site du média malien « Mali24 », citant des sources proches du gouvernorat du district de Bamako, « plusieurs demandes d’autorisation de manifestation avaient été déposées par des partis et des mouvements de jeunes leaders, tous souhaitant occuper l’espace public le même jour de la manifestation de vendredi, de 10h à 18h ».
Les critiques du gouvernement, dont des militants et des opposants politiques, semblaient désireux de créer une dynamique après les rassemblements publics sans précédent des 3 et 4 mai à Bamako. Ces rassemblements avaient été déclenchés par les recommandations d’un conseil national d’acteurs politiques – dont étaient absentes les principales formations politiques – visant à confier au chef militaire Assimi Goïta un mandat de cinq ans et à dissoudre tous les partis politiques.
Plusieurs centaines de participants portaient des pancartes affichant des messages appelant à des élections multipartites et scandaient des slogans tels que : « À bas la dictature, vive la démocratie. »
Alors que les organisateurs de la manifestation de vendredi ont reporté l’événement jusqu’à nouvel ordre, les appels à la désobéissance civile ont néanmoins circulé sur les réseaux sociaux.
Les analystes et observateurs s’attendent désormais à un soulèvement populaire de masse, estimant que les prochains jours seront un test critique.
Si les gens se manifestent en plus grand nombre que le week-end dernier, et sont peut-être aspergés de gaz lacrymogènes ou arrêtés, cela pourrait entraîner une réaction encore plus forte, a déclaré à Reuters Benedict Manzin, analyste du cabinet de conseil en risques stratégiques Sibylline.
La semaine dernière, des dizaines de partis politiques maliens ont publié un communiqué commun, où ils exigent un changement politique immédiat.
« Nous ne reconnaissons aucun Président de la République ni aucun mandat non issu d’élections libres, transparentes et démocratiques et dénonçons la suspension de toute perspective d’élections pour une durée indéfinie, jusqu’à la pacification du pays », ont-ils prévenu, avant d’exiger la fin effective de la transition en cours et le retour à l’ordre constitutionnel au plus tard le 31 décembre 2025, en appelant à la mise en place d’un calendrier rapide et consensuel pour ce faire.
Si le décret de la dissolution des partis politiques et l’octroi à Goïta d’un mandat de cinq ans ont été un déclencheur important, les manifestations du week-end dernier ont mis en évidence la colère face à un large éventail de problèmes dans un pays où la junte militaire – qui a pris le pouvoir en promettant d’endiguer la menace posée par les groupes armés – ont plutôt supervisé une situation sécuritaire qui s’aggrave.
« De nombreux facteurs entrent en jeu », a déclaré à Reuters un analyste malien de la sécurité à Bamako, qui a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité. Parmi eux figurent l’insécurité ainsi que des problèmes sociaux comme les coupures de courant, le coût élevé de la vie et les pertes d’emplois. « Plus cela dure, plus cela devient insoutenable », a-t-il alerté.
(Al24News)




