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Lorsque le Maroc et le Mossad assassinent un opposant

 

L’affaire du meurtre de l’opposant marocain Ben Barka par le Maroc, en coopération avec le Mossad, refait surface avec la commémoration, ce mardi, du 56 e anniversaire de sa disparition.

 

Du 3 au 13 novembre, à l’espace Cosmopolis à Nantes, la Ligue des droits de l’Homme propose, dans le cadre du Festival des solidarités, un photoreportage consacré à Mehdi Ben Barka. Une série de photos réalisées par Pierre Boulat, qui permet de montrer l’héritage et l’actualité du leader de l’opposition marocaine, porté disparu depuis 56 ans. Mehdi Ben Barka, principal opposant politique au régime marocain du roi Hassan II, chef de file du mouvement tiers-mondiste et pan-africaniste, est interpellé par deux hommes présentant des cartes de police, le 29 octobre 1965 devant le drugstore Publicis à Paris. Il reste, depuis cette date, « disparu » et sans sépulture. « Il n’aura pas même bénéficié de l’humaine dignité qui aurait justifié que soit menée et poursuivie une enquête révélant son sort, aboutissant aux sanctions en justice des coupables et révélant les commanditaires de ce crime d’État » , déplore la LDH.Le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka arrive à Paris en provenance de Genève. Il dépose ses valises chez un ami et se rend au restaurant où il doit rencontrer trois documentaristes français et évoquer un projet de film dans lequel il doit être interviewé. Mais deux policiers français en civil l’abordent à la porte du restaurant et lui demande de les suivre. Ils le font alors monter dans un véhicule. On ne reverra jamais Ben Barka et son corps ne sera jamais retrouvé, nous dira Eric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement, CF2R. – Selon certains, l’opposant marocain a été conduit dans une villa appartenant à une figure de la pègre française. Il y aurait été interrogé, torturé et tué en présence d’Oufkir – le ministre de l’Intérieur marocain, avant d’être enterré dans le jardin. Son cadavre sera déterré quelques semaines plus tard pour être enterré sur les bords de Seine, note Eric Denécé. – Selon d’autres, Ben Barka est emmené dans une maison du Mossad, où les Marocains l’interrogent brutalement. Il décède rapidement après avoir été immergé à plusieurs reprises dans un bain. Si le Mossad n’est pas impliqué dans la mort de Ben Barka et si ses agents ne sont pas présents lors de l’exécution, ils se chargent toutefois de faire disparaitre sa dépouille, précise Eric Denécé qui note qu’ ils l’emportent dans la forêt de Saint-Germain pour l’enterrer et l’asperger d’une poudre chimique spéciale conçue pour dissoudre le cadavre, de sorte qu’il ne reste plus grand-chose du corps Ben Barka au bout de quelques jours. L’opposant marocain, qui voyage beaucoup à travers le monde, a pour habitude de se servir d’un kiosque à journaux à Genève comme d’une boîte postale, où il vient régulièrement récupérer son courrier. Ce sont les hommes du Mossad qui localisent ce lieu et transmettent le renseignement aux services secrets marocains. Une fois informé, Oufkir place ses hommes devant ce kiosque jour et nuit. Deux semaines plus tard, ils aperçoivent Ben Barka. Il a été enlevé et tué, nous dira Eric Denécé.

 

Mounir Abi

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