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L’Algérie plaide pour la justice historique et la reconnaissance des crimes du colonialisme en Afrique

Sous le haut patronage du président algérien Abdelmadjid Tebboune et en étroite coordination avec la Commission de l’Union Africaine, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères algérien, Ahmed Attaf, a prononcé un discours marquant lors de la Conférence internationale sur les crimes du colonialisme en Afrique, organisée au Centre international des conférences à Alger, CIC Abdelatif-Rahal. Cette initiative, proposée par le président lors du dernier Sommet ordinaire de l’Union Africaine, a été unanimement saluée par les États africains, et place la justice historique et la reconnaissance des crimes coloniaux au cœur des débats.

 

Défendre la mémoire : l’héritage de Didouche Mourad

« Je vous salue tous au nom du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Notre conférence se tient sous son haut patronage et en étroite coordination avec la Commission de l’Union Africaine. Le président Tebboune a eu l’initiative de ce forum international lors du dernier sommet ordinaire de l’Union Africaine en début d’année, et cette initiative a été unanimement approuvée et saluée par ses homologues africains. », a ouvert le ministre algérien son discoure.

« Aujourd’hui, nous nous réunissons autour du thème principal choisi par l’Union Africaine pour sa session ordinaire cette année : “Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine”. Nous abordons plus particulièrement la question précise de la criminalisation du colonialisme en Afrique. »

« En abordant ce sujet, il m’est difficile de ne pas évoquer les paroles de l’un des pionniers de la Révolution de Novembre sur cette terre, le martyr Didouche Mourad, qui nous a laissé une exhortation éternelle, toujours vivante en nous : “Si nous tombons sur le champ de bataille, défendre notre mémoire est un devoir qui repose sur vos épaules.” », a-il-il souligné.

 

S’inspirer des ancêtres pour bâtir la justice africaine

Attaf a poursuivi « Nous nous réunissons pour suivre l’exemple de nos ancêtres, ceux qui ont tenu bon, résisté et triomphé ; ceux qui ont transformé les résistances en révolutions, les révolutions en épopées et les épopées en miracles ; ceux qui ont libéré les terres et les nations et affranchi les peuples des chaînes de l’esclavage et de l’oppression.

« Nous nous réunissons pour suivre l’exemple de nos ancêtres, ceux qui ont tenu bon, résisté et triomphé ; ceux qui ont transformé les résistances en révolutions, les révolutions en exploits et les exploits en miracles ; ceux qui ont libéré les terres et les nations et affranchi les peuples des chaînes de l’esclavage et de l’oppression. »

« Nous nous réunissons, non pour déplorer le passé, ni pour miser sur les douleurs, ni pour attiser les rancunes, mais pour faire valoir les droits, appeler les choses par leur nom et tenir le monde pour responsable de ses obligations. »

« Nous sommes convaincus, et notre certitude est l’exact reflet de la vérité et du juste, que le traitement des séquelles du colonialisme est devenu une nécessité incontournable pour continuer à tracer le chemin avec fermeté et constance vers la construction de l’avenir que les filles et fils de l’Afrique aspirent à bâtir dans la dignité, la fierté, la justice et l’équité. »

 

La mémoire africaine et la lutte pour la justice historique

En lançant ce projet de réalisation de la justice historique, l’Afrique affirme que sa lutte se poursuit :

  •  Tant que persisteront les tentatives d’effacer l’histoire, de déformer les faits et de falsifier la réalité,
  • Tant que les crimes du colonialisme n’auront pas reçu une reconnaissance claire et responsable,
  • Tant que le phénomène colonial lui-même n’aura pas reçu la qualification qui le révèle dans les registres du droit international dans sa vérité répugnante et honteuse, comme un crime imprescriptible, inexcusable et inoubliable,
  • La réalité du colonialisme demeure qu’il a provoqué une rupture qui a exclu nos nations de l’histoire de l’humanité et les a privées de toute contribution à sa construction. Dans le cadre de la marche de l’humanité vers la civilisation et le progrès, le colonialisme a représenté le recul le plus grave et le plus dramatique.
  • La réalité du colonialisme est qu’il a interrompu le processus de construction de nos États-nations et nous a empêchés de le poursuivre d’une manière qui aurait permis à nos peuples d’exercer pleinement leur souveraineté sur leur destin.
  • La réalité du colonialisme est qu’il n’a jamais été une mission civilisatrice, mais qu’il a été, dans toute sa plénitude, une entreprise de pillage, de conquête et d’exploitation.
  • La réalité du colonialisme est qu’il a, prématurément, concentré les crimes que la communauté internationale condamne aujourd’hui partout dans le monde : crime d’agression, crime contre la paix, crime contre l’humanité, crime de guerre et crime de génocide.

Dans cette perspective, le pari de certains sur la disparition de la mémoire collective africaine et son effacement au fil du temps et des générations est un pari perdu d’avance :

  • La mémoire collective africaine n’oublie pas que l’époque des Lumières qui a illuminé l’Europe au XVIIIᵉ siècle a jeté sur l’Afrique une sombre nuée d’injustice, de domination et d’oppression, par le biais du colonialisme.
  • La mémoire collective africaine n’oublie pas que l’Europe, sortie des ténèbres du Moyen Âge pour inaugurer l’ère de sa Renaissance, a transmis à l’Afrique le contraire de ce qu’elle proclamait, lui infligeant un joug sans égal, à travers le colonialisme.
  • La mémoire collective africaine n’oublie pas que le colonialisme a été l’étincelle qui a exclu l’Afrique de toutes les révolutions politiques, économiques, technologiques, scientifiques et sociales dont le reste de l’humanité a bénéficié et dont elle a tiré profit.

 

En vérité, la mémoire africaine n’oublie pas, et refuse même l’oubli :

  • Comment pourrait-elle oublier ce que le colonialisme a laissé au Congo, avec l’extermination de la moitié de la population et l’asservissement du reste ?
  • Comment pourrait-elle oublier ce que le colonialisme a laissé au Cameroun, avec l’extermination du peuple Bamiléké et des crimes honteux : villages brûlés, têtes tranchées, expériences aux gaz toxiques ?
  • Comment pourrait-elle oublier ce que le colonialisme a laissé avec l’extermination des peuples Herero et Nama en Namibie ?
  • Comment pourrait-elle oublier ce que le colonialisme a laissé en termes de répression, de meurtres et de déplacements forcés en Angola, au Mozambique, à Madagascar et dans les autres pays africains touchés par les mains criminelles des colonisateurs, ou plutôt par les mains des oppresseurs arrogants ?

L’Algérie, mémoire vivante de la résistance au colonialisme français

Au cœur de cette mémoire collective, notre continent conserve l’épreuve amère de l’Algérie comme un exemple rare, sans égal dans l’histoire par sa nature, sa portée et sa pratique. Le colonialisme français en Algérie ne relève pas de ce que l’on pourrait appeler un colonialisme d’exploitation, mais d’un colonialisme de peuplement dans toute l’acception du terme :

  • Un colonialisme qui a voulu annexer le territoire d’autrui à sa mère patrie par la conquête et l’agression,
  • Un colonialisme qui a voulu substituer un peuple à un autre sur l’autel de la domination,
  • Un colonialisme qui a voulu effacer toute une nation de l’existence, avec ses composantes, ses structures, ses institutions, son identité, sa culture, sa religion, et même sa langue.

Ce projet colonial a été le plus long et le plus violent projet colonial de peuplement de l’histoire moderne ! Cent trente-deux ans de colonialisme ! Cent trente-deux ans de résistance algérienne ininterrompue ! Cent trente-deux ans de crimes coloniaux français sous toutes leurs formes, sans trêve, sans pitié et sans retenue !

Chaque centimètre de cette terre sacrée est témoin de l’atrocité, de la brutalité et de la tyrannie du colonisateur français, depuis la phase de conquête qui a duré plus de sept décennies, en passant par les phases de résistances populaires organisées, jusqu’à la glorieuse Révolution de libération, la Révolution de Novembre, qui a duré sept ans et demi. C’est à travers cette révolution que l’Algérie a offert ses meilleurs enfants et filles : un million et demi de martyrs, en sacrifice sur l’autel de la liberté et de la dignité.

Des massacres de la conquête, qui ont accompagné chacune des opérations du colonisateur français depuis le début de sa campagne coloniale en 1830, aux massacres de Zaatsha en 1849, aux massacres d’El-Oued en 1852, aux massacres de la Kabylie en 1857, en passant par la politique de la terre brûlée destinée à briser la résistance et sa base populaire, ainsi que la politique de pillage et de confiscation des terres et des biens pour les attribuer aux colons européens, sans oublier le régime discriminatoire et raciste du Code de l’indigénat entre 1881 et 1945, jusqu’aux massacres du 8 mai 1945, et à ce que la Révolution de libération a connu ensuite entre 1954 et 1962 : exterminations collectives, massacres organisés et campagnes militaires de regroupement et de déportation, qui ont affecté entre 2 et 3 millions d’Algériens, soit à l’époque près d’un tiers de la population.

Tout cela n’est qu’un échantillon des horreurs qui ont frappé l’Algérie durant la période du colonialisme français. Et jusqu’à aujourd’hui, le désert algérien porte, dans les grains de son sable, les cicatrices des essais nucléaires français, dont les séquelles continuent de produire des effets destructeurs sur l’homme et sur l’environnement.

 

Honorer les héros africains pour bâtir l’avenir

Fort de cette expérience amère, l’Algérie s’identifie pleinement aux objectifs essentiels que l’Union africaine a définis pour cette initiative de réalisation de la justice historique :

  • L’Afrique a pleinement droit, lorsqu’elle réclame une reconnaissance officielle et explicite des crimes commis contre ses peuples durant la période coloniale, car cette reconnaissance constitue le minimum nécessaire, la première étape indispensable pour préparer la voie au traitement des séquelles de cette époque, dont les États et peuples africains continuent de payer le lourd tribut, sous forme d’exclusion, de marginalisation et de retard.
  • L’Afrique a pleinement droit lorsqu’elle demande la criminalisation du colonialisme au niveau du droit international, sans ambiguïté ni confusion, car le colonialisme, comme l’a décrit le militant, penseur et écrivain algérien Frantz Fanon, « n’est pas une machine qui pense, ni un corps qui raisonne, mais la violence dans sa forme naturelle ». De la même manière que la communauté internationale a hier criminalisé l’esclavage et les pratiques analogues, ainsi que l’apartheid, il est temps de criminaliser le colonialisme en lui-même, et non de se limiter à certaines de ses pratiques ou à ses séquelles.
  • L’Afrique a pleinement droit lorsqu’elle revendique une indemnisation juste et la restitution des biens spoliés, car la justice ne se satisfait pas de discours creux, de promesses illusoires ou de bonnes intentions romantiques. L’indemnisation n’est pas une aumône ni une faveur, mais un droit légitime garanti par l’ensemble des lois et coutumes internationales. »

Oui, le temps est venu de purger les séquelles du colonialisme dans toutes ses dimensions et manifestations. Mais, en même temps, il ne faut pas négliger la nécessité de mettre un terme définitif au colonialisme lui-même. À nos frères du dernier territoire encore colonisé en Afrique, le Sahara occidental, nous adressons notre solidarité et notre soutien sincères alors qu’ils défendent leur droit légitime et fondé à l’autodétermination, comme l’a confirmé et continué de le confirmer la légitimité internationale et la doctrine des Nations unies en matière de décolonisation.

Il en va de même pour nos frères en Palestine, à Ghaza, en Cisjordanie et à El Qodes occupée. À tous, nous affirmons la constance de l’Afrique dans l’esprit des paroles de son leader défunt Nelson Mandela, selon lesquelles notre liberté en tant qu’Africains restera incomplète tant que la liberté de la Palestine ne sera pas acquise.

Ce qui nous unit aujourd’hui n’est pas un simple slogan que nous brandissons, mais un devoir sacré qui pèse sur nous tous, un devoir que nous n’avons d’autre choix que d’accomplir, pleinement, impérativement et intégralement.

C’est le devoir de l’Émir Abdelkader, le devoir de Nelson Mandela, le devoir de Patrice Lumumba, le devoir d’Amílcar Cabral, le devoir de Kwame Nkrumah, le devoir de Jomo Kenyatta, le devoir de Sam Nujoma, le devoir d’Agostinho Neto, le devoir de Samora Machel, le devoir de Sékou Touré, le devoir de Julius Nyerere, le devoir de Habib Bourguiba, et le devoir de toutes les autres grandes figures historiques africaines, défenseurs de la liberté, de la justice et de la dignité, bâtisseurs de nos gloires et de notre fierté.

« Soyons dignes de ce devoir, dignes des sacrifices de tous nos illustres ancêtres, et dignes d’écrire un nouveau chapitre qui rend justice à notre histoire et honore et éclaire notre avenir », a conclu le ministre algérien.

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