La destruction et la souffrance à Ghaza sont « d’une autre envergure », alerte le PAM

Témoin de la situation désastreuse à Ghaza, le responsable de la communication d’urgence au Programme alimentaire mondial (PAM) Jonathan Dumont a affirmé que la destruction et la souffrance dans l’enclave palestinienne sont « d’une autre envergure ».
« Jadis de la taille de la ville américaine de Détroit, Ghaza n’est aujourd’hui qu’une montagne de décombres. J’ai visité de nombreuses zones de conflit au cours de l’année écoulée – Haïti ravagé par les gangs, l’est de la République démocratique du Congo, Khartoum, la capitale soudanaise déchirée par la guerre – mais Ghaza est d’une toute autre ampleur », a-t-il déclaré au site ONU Info, peu après son retour d’une mission dans le Territoire palestinien occupé.
Selon cet humanitaire, il existe une autre différence par rapport à de nombreuses zones de guerre: « les habitants de Ghaza n’ont aucun moyen d’échapper au conflit. Ils sont pris au piège ». Plus de 90% de la population à Ghaza est confrontée à des niveaux d’insécurité alimentaire « de crise » ou pire, selon les dernières conclusions des experts qui précisent que plus de 300.000 personnes souffrent probablement d’une faim catastrophique – le niveau le plus élevé d’insécurité alimentaire.
Il souligne, à ce titre, que les denrées alimentaires du PAM autorisées à entrer dans la bande de Ghaza ne représentent qu’ « un tiers de ce dont nous avons besoin pour atteindre les personnes les plus affamées ». « Au fil des mois, nous avons été contraints de réduire les rations, puis de les réduire à nouveau. En décembre, nous avions prévu d’aider 1,1 million de personnes avec seulement 10 jours de nourriture, comprenant des conserves, du concentré de tomates, de l’huile et de la farine de blé », a-t-il ajouté.
Pour le responsable de la communication d’urgence au PAM, « la partie nord de Ghaza, assiégée, est l’endroit le plus affamé ». « Au cours des deux derniers mois, à peine quelques vivres ont pu y être acheminés », a-t-il déploré.
Il a fait savoir, dans ce contexte, qu’un sac de 25 kg de farine de blé peut se vendre 150 dollars. « Dans une enclave où les agriculteurs récoltaient autrefois des agrumes, des légumes et des fraises, j’ai vu des petits poivrons se vendre sur un marché de Ghaza City à 195 dollars le kilo. Personne n’en achetait. Personne ne pouvait se les offrir », a-t-il ajouté.
Vétéran des zones de conflit à travers le monde, cet humanitaire soutient que les enfants de Ghaza « subissent les pires conséquences de la guerre ». « Alors que nous nous rendions à la distribution de nourriture à Khan Younes, j’ai aperçu un cheval mort au milieu des décombres. Non loin de là, une petite fille fouillait les ordures à la recherche de nourriture », a-t-il affirmé.
Pis encore, ce responsable au PAM a été témoin de scènes apocalyptiques. « Alors que nous roulions vers la ville de Ghaza dans notre véhicule blindé, le long du corridor militarisé de Netzarim qui divise le nord et le sud de l’enclave, nous avons vu des cadavres éparpillés à gauche et à droite, en train de se décomposer au soleil. Quelques centaines de mètres plus loin, un petit groupe de femmes et d’enfants se dirigeaient dans cette direction, portant leurs affaires. Ils avaient l’air chaud et fatigué », a-t-il raconté.
(APS)




