France : le centriste François Bayrou devient le nouveau Premier ministre, mais la survie de son gouvernement est incertaine

Le président français Emmanuel Macron a nommé son allié centriste François Bayrou, 73 ans, au poste de Premier ministre, avec l’âpre mission de restaurer la stabilité politique en France dans un contexte économique dégradé, a rapporté l’AFP, citant l’Elysée.
Cette nomination fait suite à la démission de Michel Barnier, dont le gouvernement installé depuis à peine trois mois a été censuré le 4 décembre par l’Assemblée nationale, du jamais vu depuis 1962.
Emmanuel Macron, qui avait mis deux mois à nommer Michel Barnier en septembre à Matignon, est allé plus vite cette fois, l’absence de gouvernement empêchant l’adoption d’un budget pour l’an prochain sur fond de sombres prévisions économiques dans un pays plombé par sa dette.
François Bayrou devra user de toute son expérience politique et de ses talents de conciliateur pour composer avec une Assemblée nationale fragmentée où le Nouveau front populaire (NFP) et le Rassemblement national (RN) sont en embuscade, prêts à une nouvelle censure.
D’après plusieurs observateurs politiques, Bayrou devrait relever ce défi, mais il n’est pas certain que son mandat s’avérera plus fructueux que celui de son prédécesseur.
En recevant mardi les responsables des partis – hors Rassemblement national et France insoumise -, Emmanuel Macron a émis le souhait de ne pas dissoudre de nouveau l’Assemblée dans les 30 mois le séparant à la fin de son mandat, prônant un accord de « non-censure » synonyme de stabilité pour le nouveau gouvernement.
L’exécutif pourrait, de son côté, s’engager à ne plus utiliser l’article 49.3 de la Constitution qui permet d’adopter sans vote un texte de loi, ce qui permet à l’opposition de recourir au dépôt d’une motion de censure.
A gauche, La France insoumise (LFI) a d’ores et déjà menacé vendredi de déposer une motion de censure. « Après avoir perdu toutes les dernières élections, Macron installe son premier et dernier soutien à Matignon. Faire tomber Bayrou, ce sera donc faire tomber Macron. Nous déposerons une motion de censure ! », a annoncé sur X le coordinateur national de LFI Manuel Bompard.
La secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, a réagi également avec sévérité à la nomination de François Bayrou, déplorant devant des journalistes un spectacle « désespérant ». « Ce n’est plus de la politique, c’est du mauvais théâtre de boulevard. Pauvre France … », écrit-elle sur X.
Du côté du RN, le président du parti Jordan Bardella a exclu une censure a priori du nouveau gouvernement tout en rappelant les « lignes rouges » de sa formation sur le projet de budget. « Ce nouveau Premier ministre doit prendre en considération la nouvelle donne politique et il doit entendre qu’il n’a pas de légitimité démocratique ni de majorité à l’Assemblée nationale, ce qui suppose donc un dialogue nécessaire avec l’ensemble des forces représentées au Parlement », a-t-il dit devant la presse.
Sur X, Marine Le Pen, cheffe de file des 124 députés RN à l’Assemblée nationale, exhorte François Bayrou à n’exclure aucune force politique à l’avenir. Le Rassemblement national et La France insoumise n’ont pas été conviés mardi aux consultations politiques décidées par Macron en vue de la formation du futur gouvernement.
« Toute autre politique qui ne serait que le prolongement du macronisme, rejeté par deux fois dans les urnes, ne pourrait mener qu’à l’impasse et à l’échec », prévient Marine Le Pen.
La crise politique actuelle en France a été déclenchée lorsque Macron a convoqué des élections législatives anticipées pour juillet, un scrutin qui a abouti à un Parlement divisé qui a laissé les législateurs centristes du président Macron très minoritaires entre de puissants blocs de gauche et d’extrême droite.
La semaine dernière, Macron a défié les appels de plus en plus croissants à sa démission, formulés par la gauche et la droite, qui l’accusent d’être derrière l’impasse politique dans le pays.
(Agences)




