Face à l’impasse budgétaire, le gouvernement français envisage un passage en force, au risque d’aggraver la crise

La France s’enfonce dans une nouvelle impasse budgétaire. Après trois mois de négociations infructueuses au Parlement, le gouvernement du Premier ministre Sébastien Lecornu envisage désormais de recourir à un passage en force pour faire adopter le budget 2026.
Les discussions ont été suspendues jusqu’à mardi, faute de compromis, laissant planer la menace d’une motion de censure qui pourrait faire vaciller l’exécutif.
Le gouvernement a accusé les partis d’opposition, La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN), d’avoir saboté les débats en multipliant les amendements.
« Les extrêmes ont méthodiquement voté des amendements pour rendre le budget non votable », a déclaré vendredi la ministre du Budget, Amélie de Montchalin, lors d’une interview sur France 2.
Selon Montchalin, Lecornu proposera vendredi un projet de loi de finances amendé afin de tenter de parvenir à un compromis avant la reprise des négociations mardi.
« Certaines de nos propositions ne fonctionnent manifestement pas », a-t-elle déclaré. « Nous avons constaté des problèmes avec les autorités locales, ce qui est très préoccupant. C’est une question de la vie quotidienne. »
Lecornu prendra la parole « en fin de journée », a indiqué le cabinet du Premier ministre.
Face à ce blocage, deux options s’offrent à Lecornu : invoquer l’article 49.3 de la Constitution, qui permet d’adopter un texte sans vote, ou recourir à l’article 47, un décret exécutif dont la portée juridique reste incertaine.
Mais dans les deux cas, l’opposition menace de riposter par une motion de censure. Les socialistes, par la voix de Philippe Brun, ont déjà prévenu qu’ils soutiendraient « sans hésitation » une telle initiative si le gouvernement passait outre le Parlement.
Dans une tribune transmise à la chaîne LCP, le député socialiste de l’Eure Philippe Brun a prévenu qu’il censurerait « sans aucune hésitation » tout gouvernement qui « céderait à la tentation » de recourir aux ordonnances budgétaires, autorisé dans le cas où le Parlement ne s’est pas prononcé au bout de soixante-dix jours, qu’il compare au coup d’Etat du 18 Brumaire de Napoléon Bonaparte et à une « forfaiture démocratique ».
« A un an de la prochaine élection présidentielle qui pourrait pour la première fois permettre l’accession au pouvoir de l’extrême droite, c’est donner aux ennemis de la République l’outil dont ils rêvent pour exercer le pouvoir sans aucune contrainte », ajoute Philippe Brun.
Cette crise budgétaire s’inscrit dans un contexte plus large de fragilité institutionnelle. Depuis les élections européennes de 2025, le président Emmanuel Macron gouverne sans majorité claire, contraint de s’appuyer sur des alliances fragiles.
L’année écoulée a été marquée par une succession de blocages parlementaires et par la démission temporaire du Premier ministre, un épisode révélateur de la paralysie politique à Paris.
(Agences)




