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Des manifestations dans les rues marocaines pour la dignité à la veille de la Coupe d’Afrique

La Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN 2025), que le Maroc espère transformer en une grande célébration et en vitrine internationale, s’ouvre dans un climat marqué par de fortes tensions sociales et politiques.

À la veille du tournoi prévu le 21 décembre 2025, une atmosphère de troubles et d’incertitude s’est installée dans plusieurs villes, après que le mouvement GenZ 212 a lancé un appel à manifester les 20 et 21 décembre.

Le collectif exhorte la jeunesse marocaine à se mobiliser massivement pour exprimer son rejet de la CAN et revendiquer sa dignité, alors que la ville de Safi demeure encore meurtrie par les inondations dévastatrices qui l’ont frappée cette semaine.

Un nouveau revers politique frappe le régime du Makhzen. Alors que la ville peine à se relever de cette catastrophe humanitaire, les autorités marocaines sont vivement critiquées pour leur gestion jugée chaotique et pour avoir laissé les sinistrés sans soutien au moment le plus critique, en refusant de déclarer la région sinistrée et de mettre en place des aides et indemnisations.

Le chef du gouvernement, Aziz Akhanouch, n’a pour l’instant fait aucun commentaire sur la tragédie. Quant au roi Mohammed VI, il demeure en vacances à Paris, où il séjourne depuis le 5 novembre.

Cette incapacité du Makhzen à prendre des mesures urgentes risque d’affaiblir davantage un régime déjà fragilisé par les crises et de ternir durablement son image.

Un tournoi sous tension sociale et politique

Le Maroc investit massivement dans les infrastructures sportives en vue de la Coupe du Monde de la FIFA 2030, qu’il co-organise avec l’Espagne et le Portugal.

En parallèle, les secteurs de la santé et de l’éducation souffrent de graves insuffisances et de pénuries. « Nous ne voulons pas de Coupe du Monde ! » est devenu le slogan le plus répété par les jeunes manifestants depuis le 27 septembre, à la suite du décès de huit femmes enceintes à l’hôpital d’Agadir (sud), conséquence du manque de personnel médical.

Le collectif GenZ 212 a publié mercredi soir sur les réseaux sociaux un communiqué dans lequel il dénonce la marginalisation et l’étouffement des voix à Safi. « Depuis Safi, ville épuisée par la marginalisation, où les voix ont été étouffées et les droits bafoués, nous lançons cet appel clair à toutes les villes et villages : le silence n’est plus possible, la peur n’est plus justifiable, car le droit s’arrache, il ne se donne pas », peut-on y lire.

Le collectif poursuit en affirmant que « ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas une fatalité, mais le résultat direct de politiques d’abandon, de dissimulation de la vérité et d’intimidation des voix libres. Le silence n’a protégé personne, la peur n’a empêché aucune tragédie, elle a au contraire ouvert la voie à leur répétition. Seule l’action collective, pacifique et responsable, est capable de rendre justice aux victimes ».

Colère contre le silence du Makhzen

Le collectif GenZ 212, mouvement de protestation sans précédent depuis des décennies au Maroc, a accusé jeudi le gouvernement de porter « l’entière responsabilité politique et morale » des drames vécus par les citoyens, dénonçant « la négligence, l’échec » et l’absence de protection face à « la mort et la marginalisation ».

Selon le communiqué, « ce qui est arrivé n’est pas un accident isolé, mais la conséquence directe de politiques de mépris pour les vies humaines et de dissimulation de la vérité ».

Le collectif a également lancé un appel à une mobilisation générale d’envergure : « Nous appelons toute la jeunesse marocaine, l’ensemble des citoyennes et citoyens, et toutes les forces vives à travers le pays à mener toutes les formes de protestation et de pression les 20 et 21 décembre prochains ».

Crainte d’une explosion de colère pendant la CAN

Cet appel à manifestation survient dans un climat déjà tendu. À la fin septembre et au début octobre, le pays avait connu une série de rassemblements massifs, décrits comme les plus importants depuis 2011, porté par une jeunesse en colère contre la dégradation des services publics, notamment dans la santé et l’éducation.

La réponse des autorités avait alors été unique: un déferlement de violence et de répression. Selon Amnesty International, plus de 2400 personnes sont aujourd’hui poursuivies en justice pour leur participation aux manifestations, tandis que des dizaines de jeunes ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 15 ans de prison.

La Fédération marocaine des droits humains dénonce des procès expéditifs, l’absence d’avocats lors des interrogatoires et la violation du principe de présomption d’innocence.

Mais les pires craintes du régime du Makhzen résident dans la possibilité de voir éclater une vague de colère contre la Coupe d’Afrique, précisément au moment où l’attention internationale est tournée vers le pays.

(Al24News)

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