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Choc et indignation au Maroc après le refus du Makhzen d’une minute de silence pour Safi à l’ouverture de la CAN

Les dirigeants du football marocain ont refusé d’observer une minute de silence en hommage aux victimes et sinistrés des violentes inondations de Safi lors du match d’ouverture de la CAN 2025 à Rabat, une vague d’indignation et de consternation parmi les Marocains, qui dénoncent un comportement jugé inhumain de la part du Makhzen.

Le match d’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations, opposant le Maroc aux Comores, s’est tenu dimanche 21 décembre 2025 à Rabat, alors que les sinistrés des inondations meurtrières de Safi, située à 300 km au sud de la capitale, sont toujours en deuil, attandent désespérément évacuation, relogement et aides pour reconstruire leurs habitations.

Ces pluies torrentielles, survenues le 15 décembre, ont provoqué la mort d’au moins 37 personnes et l’hospitalisation de 16 autres, inondant de vastes zones de la ville côtière.

Selon les autorités marocaines, il s’agit du bilan le plus lourd enregistré en dix ans. Plusieurs associations des droits humains accusent toutefois le Makhzen de minimiser le nombre réel de victimes afin de dissimuler l’ampleur du drame, échapper aux demandes de reddition de comptes et éviter d’indemniser les sinistrés.

Le collectif GenZ 212, mouvement inédit porté par la jeunesse marocaine, a dénoncé l’absence totale de gestes de solidarité envers les victimes.

Dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux et intitulé « Quand le match continue… et que l’humanité s’arrête », il a rappelé que « le football n’est pas qu’un simple jeu, mais une langue universelle qui unit les peuples dans les tragédies ».

Le collectif a souligné que, dans le passé, des minutes de silence ont été observées dans les stades pour honorer les victimes des attentats de Paris ou du séisme en Turquie, et que le monde entier s’est mobilisé autour de l’histoire bouleversante d’Abdelrahim, surnommé « l’orphelin du Haouz ». Cet enfant marocain, apparu en larmes à la télévision vêtu du maillot du Real Madrid, avait perdu sa famille dans le tremblement de terre, se retrouvant soudainement seul.

Son histoire, devenue virale, a suscité une immense vague de compassion à l’échelle mondiale. Parmi les premiers à lui manifester leur soutien, le club espagnol du Real Madrid, dont le maillot porté par l’enfant est devenu le symbole de sa douleur, s’est associé à cette émotion collective et a marqué les esprits par son geste solidaire.

« Aujourd’hui, dans notre Maroc… alors que les maisons de Fès s’effondraient (le récent glissement de terrain à fait 22 morts selon les chiffres officielles), que à Safi était submergée et que des vies disparaissaient sous les décombres et les flots, le match s’est poursuivi comme si rien n’avait eu lieu. Pas une minute de silence, pas de brassard noir, pas même un geste de solidarité. Comme si l’équipe en jeu n’était pas la nôtre, comme si les victimes ne faisaient pas partie de nous », déplore le communiqué.

« Cette minute de silence manquante… son absence a résonné plus fort que n’importe quelle parole. Elle nous a transmis un message brutal : ‘’Show must go on [le spectacle doit continuer]… même au prix de nos douleurs’’ », conclut-il.

La stupeur et la confusion qui ont marqué les survivants des inondations de Safi ont rapidement laissé place à d’autres sentiments : colère, indignation et ressentiment envers le régime du Makhzen.

De nombreux témoignages relayés sur les réseaux sociaux dénoncent l’absence totale de visites officielles dans la région sinistrée et le manque de mesures urgentes en faveur des victimes. Le gouvernement est accusé de corruption et de mauvaise gestion, ce qui n’a fait qu’accentuer la douleur des habitants.

Dans une ville où des bâtiments historiques se sont effondrés, où des familles ont été déplacées et où des vies ont été perdues, l’opinion publique marocaine attendait une réaction claire et une présence sur le terrain des responsables politiques. Pourtant, ni le chef du gouvernement ni aucun ministre n’a pris la peine de se rendre auprès des sinistrés. Même la ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, Fatima Ezzahra El Mansouri, dont le portefeuille est directement lié à la situation, a brillé par son absence.

Ce silence place le régime du Makhzen face à une interrogation gênante : où sont les représentants de l’État lorsque la catastrophe frappe les citoyens ? La présence politique doit-elle se limiter aux campagnes électorales et aux réunions partisanes, tandis que les villes meurtries sont abandonnées à leur sort ?

Pour beaucoup de Marocains, ce drame n’est pas un destin inévitable, mais bien le résultat de choix politiques contestables et d’années de négligence accumulée. Sur les réseaux sociaux, des appels et des hashtags viraux exhortent désormais les citoyens à boycotter la Coupe d’Afrique et la Coupe du Monde, afin d’attirer l’attention sur les véritables problèmes auxquels la population est confrontée.

(Al24News)

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