Aggravation de la malnutrition aiguë dans 53 pays en 2024 sous l’effet des conflits

La faim a frappé de façon aiguë un nombre record de 295 millions de personnes en 2024 dans 53 pays, d’abord sous l’effet des conflits, alerte vendredi le Rapport mondial sur les crises alimentaires. Pour la sixième année consécutive, ce bilan s’est aggravé avec la détérioration de la situation au Soudan, en Birmanie ou à Ghaza, selon ce rapport annuel publié par le Réseau mondial contre les crises alimentaires (UE, Banque mondiale, agences onusiennes…).
Sur ces 295,3 millions de personnes (22,6% de la population analysée), 1,9 million étaient au bord de la famine, du jamais vu depuis le lancement de ce bilan en 2016. L’essentiel de ces populations en situation extrême se trouvaient au Soudan et dans la bande de Ghaza.
« Nous parlons là d’un manque extrême de nourriture, d’un épuisement complet des mécanismes de résistance et de survie », décrit Rein Paulsen, directeur du bureau des Urgences et de la résilience à la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture).
En juillet dernier, des cas de famine ont été détectés dans le camp soudan ais de Zamzam au Darfour, une situation que le monde n’avait plus vue depuis 2020, note le rapport. Des cas ont ensuite été identifiés dans quatre autres zones du pays, tandis que l’IPC, le système de suivi de référence sur ce sujet, annonçait un risque de famine à Ghaza, ravagée par une agression génocidaire sioniste et où l’entité sioniste bloque l’entrée des aides humanitaires depuis le 2 mars.
Conflits et violences, souvent synonymes de déplacements de populations, ont de fait été le premier facteur de crise alimentaire en 2024, pour 140 millions de personnes dans 20 pays, tandis que dans 18 autres pays, des événements climatiques extrêmes nourris par le réchauffement global ont produit des désastres agricoles: sécheresses dans le sud de l’Afrique, inondations au Bangladesh, au Nigeria…
Pour 2025, le rapport prévient: l’intensification des affrontements, les tensions géopolitiques accrues, l’incertitude économique mondiale, les coupes dans les financements de l’aide… « accroissent déjà l’insécurité alimentaire dans certains pays », de la RD-Congo jusqu’en Haïti.
Dans le même temps, le financement général de l’aide recule, avec en particulier le désengagement début 2025 des Etats-Unis, hier premier donateur. « La faim et la malnutrition s’étendent plus rapidement que notre capacité à y répondre, alors qu’un tiers de la nourriture mondiale produite est perdue ou gaspillée », déplore le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, en avant-propos du rapport, s’alarmant de « niveaux records ».
« Des crises anciennes sont aggravées par une plus récente: la réduction spectaculaire du financement humanitaire. C’est plus qu’un échec des systèmes – c’est un échec de l’humanité ».
(APS)




