
La présidente de l’Association France-Algérie, Ségolène Royal, a lancé jeudi un appel en faveur d’un renforcement de la coopération économique et d’un rapprochement entre l’Algérie et la France, dans l’objectif de surmonter la crise que connaissent actuellement les deux pays.
Elle a souligné l’existence de signaux encourageants des deux côtés, tout en fustigeant certains milieux politiques d’extrême droite en France, accusés de chercher à détériorer la relation entre les deux pays par des campagnes de désinformation et des provocations destinées à attiser l’hostilité et l’algérophobie.
Ségolène Royal a dénoncé, dans un entretien exclusif accordé à AL24News, les calculs politiques portés par l’extrême droite française, qu’elle juge contraires aux intérêts de la France. Selon elle, la véritable priorité réside dans la relance des relations bilatérales avec l’Algérie.
« L’intérêt de la France est dans la reprise des relations bilatérales », a-t-elle indiqué, en insistant sur une relation fondée sur « le respect, le dialogue et le principe d’égal à égal ».
« Nous avons des partenariats formidables à reconstruire. « Il faut faire très vite, car si cela ne se fait pas maintenant, un jour ce sera trop tard », a-t-elle averti. Elle a par ailleurs mis en avant le potentiel économique considérable de l’Algérie, citant une croissance soutenue, des prix de l’énergie très compétitifs et une jeunesse des deux pays, tournée vers les opportunités d’investissement et de coopération.
Elle s’est également inquiétée de la montée de l’algérophobie en France, qui affecte directement la diaspora et les binationaux. Elle a rappelé que les liens entre les deux pays ne se limitent pas à l’histoire coloniale, mais incluent des échanges humains, économiques et culturels.
Royal a affirmé que son engagement n’est pas dicté par des calculs politiques mais par une responsabilité morale : « Si nous ne nous réconcilions pas, les générations futures nous nous demanderont des comptes. »
Interrogée sur sa rencontre avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui l’a reçue mardi à la Présidence, Ségolène Royal a souligné avoir perçu chez lui une profonde conviction en faveur de l’Algérie, de son développement économique et de sa jeunesse. Elle a exprimé le souhait que les relations entre l’Algérie et la France « s’apaisent et se rétablissent », ajoutant que « dans l’intérêt des deux pays, il est important de bien s’entendre ».
En réponse sur une autre question liée au cas de Christophe Gleizes, Ségolène Royal a précisé que, suite à sa demande, le ministre algérien de la Justice l’a autorisée à lui rendre visite.
Mme Royal a souligné que la perception de l’Algérie en France « reste figée sur une image d’il y a dix ans », alors que le pays connaît une croissance soutenue, une diversification économique et demeure un exportateur important.
En évoquant ses échanges avec des chefs d’entreprise, notamment avec Kamel Moula, président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), ainsi que sa visite dans une start-up spécialisée en intelligence artificielle, elle a alerté sur le danger pour la France de laisser passer des opportunités, une situation, selon elle, vivement déplorée par de nombreux entrepreneurs des deux pays.
Selon elle, la France doit accomplir un geste attendu depuis longtemps : la restitution des biens culturels et des archives algériennes. Cela inclut en priorité les objets de l’Émir Abdelkader et d’autres figures historiques. Elle insiste également sur la nécessité de de restituer les archives et le dossier complet sur les essais nucléaires dans le Sahara, afin d’évaluer l’ampleur des dégâts et d’engager les réparations nécessaires.
Elle a déclaré percevoir des signes encourageants concernant la question de la reconnaissance par la France de ses crimes en Algérie. Ces signaux se manifestent notamment à travers l’adoption, le jeudi 29 janvier, par l’Assemblée nationale d’une proposition de loi visant à reconnaître les victimes algériennes et leur indemnisation, ainsi que par l’approbation par le Sénat français d’une loi-cadre autorisant la restitution aux pays d’origine des œuvres acquises durant la période coloniale.
Sur le vote par l’Assemblée populaire nationale (APN) d’une proposition de loi criminalisant la colonisation française en Algérie, Royale a affirmé que l’Algérie réclame une reconnaissance de la France de ses crimes et non pas des excuses, une repentance ou des récompenses financières.
Elle a ajouté toutefois : « Si vous voulez le fond de mes pensées, je suis pour des excuses ».
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