Maroc : les drames de Safi et Fès dégénèrent en révolte contre le Makhzen et sa Coupe du monde

Le silence du Makhzen et de son gouvernement face aux inondations meurtrières de Safi (38 morts selon un bilan officiel) et à l’effondrement de deux immeubles à Fès (22 morts selon un bilan officiel) suscite une vague d’indignation et alimente une contestation grandissante dans tout le royaume.
Les critiques pointent une politique qui entretient l’illusion d’un Maroc moderne, tout en masquant une réalité sociale faite de misère et de souffrances partagées par la majorité des Marocains.
Le triomphalisme affichait par le Makhzen suite à l’inauguration à Rabat du stade Prince Moulay Abdellah d’une capacité de 68 700 places en perspective de l’organisation de la Coupe du Monde 2030, contrastait fortement avec ce que ressentent la majorité des Marocains.
Sur le plan médiatique, et alors que le gouvernement marocain tente en vain d’amplifier les retombées de l’organisation d’un tel événement sur l’économie du pays, la réalité sur terrain montre que l’organisation de cet événement sportif n’est qu’un fardeau financier de plus, qui pèsera de tout son poids sur la vie socio-économique du peuple marocain, et ne profitera qu’à la caste qui gravite autour du palais royal.
Une vitrine moderne qui cache la misère
Pays à très faibles revenus et à très fort taux d’endettement, le Maroc a dû supprimer les subventions sociales et opérer des coupes budgétaires drastiques pour rediriger l’essentiel des moyens financiers vers l’organisation de cet événement. Ce qui s’apparente largement à une tentative redorer l’image du régime au détriment des souffrances de la base.
Le Maroc traverse une crise d’endettement majeure. En mars 2025, sa dette extérieure dépasse 746 milliards de dirhams (82,1 milliards USD), selon l’Office des Changes, un organisme dépendant du ministère des Finances. La Banque mondiale estimait déjà la dette publique à 68 milliards USD en 2024.
La dette totale est passée de 78 % du PIB en 2019 à 91 % en 2023, aggravée par des déficits budgétaires chroniques (68,8 milliards de dirhams). Le poids du service de la dette, passé de 13 % à 19 % du PIB entre 2019 et 2023, absorbe une part croissante des ressources publiques : en 2023, il représentait plus de neuf fois le budget de la santé.
Le fardeau de la dette publique marocaine est devenu tellement important – à travers notamment le coût croissant du service de la dette, son impact sur les priorités budgétaires du pays, et la dépendance inquiétante de l’économie marocaine aux institutions financières étrangères – qu’il constitue une menace croissante pour le niveau de vie de la population.
Mais, le Makhzen continue à négliger cette crise et à nier l’évidence d’un pays en déclin. Et les jeunes marocains ont perdu confiance en ce régime.
La colère de la rue se propage
Le 27 septembre, dans plusieurs villes marocaines, des manifestations de jeunes, réunies sous le slogan « GenZ 212 », ont éclaté dans tout le pays. Les slogans scandés étaient éloquents : revendications sociales telles que l’accès à une meilleure éducation, des services de santé publique plus efficaces et une lutte efficace contre la corruption.
Sous le slogan « Nous ne voulons pas de la Coupe du Monde, nous voulons des hôpitaux », les jeunes Marocains réclament de meilleurs services publics et la fin de la corruption. Les manifestations pourtant pacifiques ont été violemment réprimées par les autorités marocaines, qui n’ont pas hésité à foncer dans la foule, tuant au moins 3 personnes. En outre, des arrestations record ont été enregistrés dans les rangs des manifestants marocains.
Le mouvement GenZ 212 a réagi aux drames récents, affirmant que « Ce que nous avons vécu ces derniers jours avec les inondations à Safi et l’effondrement d’immeubles à Fès « n’est pas un simple drame passager, mais un témoignage flagrant de la fragilité des infrastructures dans notre pays ». Dans un communiqué, il a présenté ses condoléances aux familles des victimes.
Le collectif a dénoncé un modèle de développement « à deux vitesses : construire une image brillante pour l’extérieur, investir dans de grands projets, tout en laissant ses véritables villes affronter seules les dangers », regrettant que « près de 20 milliards de dirhams » aient été consacrés à la Coupe d’Afrique des Nations et à la modernisation des stades pour la Coupe du Monde, « au prix de la vie des citoyens, et au détriment de leur sécurité et de leur dignité ».
Selon GenZ 212, « Ce qui s’est produit n’est pas une simple fatalité naturelle, mais la conséquence directe de choix politiques et d’investissements erronés, privilégiant l’apparence au détriment de la réalité, et la mise en scène du succès plutôt que la protection de l’être humain ».
Hassan Oulhadj, citoyen marocain, a dénoncé sur sa page Facebook l’écart grandissant entre le discours officiel du Makhzen et la réalité vécue par les habitants des quartiers pauvres et des régions reculées. Il a regretté le fait que l’État a simplement préféré tourner le dos aux doléances des sinistrés des drames de Fès et Safi, qui attendent toujours des aides du gouvernement.
« Cette crise a révélé le profond décalage dans les priorités de l’État, qui concentre ses investissements dans le sport et les projets de divertissement, tandis que les zones marginalisées et défavorisées souffrent de la faiblesse des infrastructures et du manque de protection », a écrit Oulhadj, s’interrogeant sur la responsabilité de l’État envers les populations les plus vulnérables.
Un chef du gouvernement déconnecté
L’activiste marocaine Fatima Zohra Tamni a pointé la responsabilité du gouvernement dans le drame des inondations, dénonçant l’abandon de la ville et la corruption endémique. « Ce qui fauche des vies aujourd’hui n’est pas seulement le manque de moyens, mais une corruption qui s’est infiltrée au point de rendre le meurtre indirect une banalité, sans aucune reddition de comptes», a-t-elle déclaré, estimant que les victimes ne sont pas tombées par hasard mais en raison de « choix gouvernementaux défaillants et d’un système qui privilégie les intérêts au détriment de la vie des citoyens ».
Le journaliste marocain Younès Aftit a dénoncé l’attitude du chef du gouvernement Aziz Akhanouch, qu’il accuse de « continuer à s’amuser » sans parvenir à mesurer la souffrance des Marocains face à la dureté de leur quotidien.
Dans une vidéo publiée sur sa page Facebook, Aftit a diffusé des images d’Aziz Akhanouch apparaissant dans une ambiance festive, musique en arrière-plan, lors d’un rassemblement électoral destiné à consolider sa position à la tête de l’exécutif. Cette scène, survenue moins de 24 heures après le drame, contraste fortement avec le rejet exprimé par de nombreux jeunes dans les rues à travers leurs slogans.
Au moins 38 personnes ont trouvé la mort à Safi, au Maroc, après de violentes inondations qui ont frappé la région. Ce bilan officiel en fait la catastrophe naturelle la plus grave qu’ait connue le pays depuis plus de dix ans.
Alors que la population est endeuillée et que les secours poursuivent leurs opérations, le Premier ministre marocain Aziz Akhanouch n’a pour l’heure formulé aucun commentaire sur la tragédie.
De son côté, le roi Mohammed VI se trouve toujours en vacances à Paris. Il est absent du pays depuis le 5 novembre dernier.
Le journaliste souligne qu’Akhanouch n’a même pas pris la peine de présenter ses condoléances aux familles des victimes endeuillées, ce qui accentue le sentiment de déconnexion entre le pouvoir et la population.
Dans un communiqué, le parti politique La Voie démocratique ouvrière a souligné que les choix antisociaux et politiques désastreuses suivis par le makhzen ont aggravé le bilan humain des inondations et averses intenses à Safi.
La Fédération de la gauche démocratique a mis en cause le gouvernement après les inondations meurtrières, estimant que la tragédie ne s’explique pas seulement par les fortes pluies mais par « la corruption structurelle, la mauvaise planification et l’abandon systématique des villes et de leurs habitants depuis des décennies ».
(Al24News)




