Maroc – Province d’Al-Haouz : la détresse des victimes du séisme se poursuit sous la neige et le froid

Plus de deux ans après le séisme dévastateur de septembre 2023, les populations sinistrées de la province d’Al-Haouz affrontent leur troisième hiver consécutif dans des conditions dramatiques.
En ce mois de décembre 2025, la souffrance perdure et demeure une réalité quotidienne : alors que les intempéries hivernales frappent durement la région, des centaines de familles continuent de vivre dans des tentes en plastique délabrées, exposées au froid glacial, à l’isolement et au manque criant de services de base.
Selon plusieurs témoignages et informations relayées par des acteurs associatifs et citoyens, la situation sur le terrain contraste fortement avec le discours officiel affirmant que les victimes auraient toutes été relogées. En réalité, de nombreuses familles affirment n’avoir bénéficié ni d’un logement durable ni d’un accompagnement social à la hauteur de l’ampleur de la catastrophe.
Des hivers sous les tentes, malgré les promesses
Depuis plus de deux ans, des habitants d’Al-Haouz survivent sous des tentes de fortune, dans des conditions difficiles, aggravées aujourd’hui par les chutes de neige et les tempêtes hivernales. Ces conditions climatiques extrêmes rendent leur quotidien encore plus pénible, mettant en danger des personnes âgées, des femmes et des enfants.
Les familles concernées appartiennent à ce que certains qualifient de « Maroc oublié », des zones rurales longtemps marginalisées, privées d’infrastructures essentielles telles que les soins de santé, l’éducation, les routes et les transports. Le séisme de 2023 a anéanti le peu qu’elles possédaient, laissant derrière lui des villages entiers en ruines.
Décès dans les camps et colère populaire
La situation a récemment pris une tournure dramatique avec l’annonce du décès d’un citoyen sinistré, le 25 novembre 2025, à l’intérieur de sa tente en plastique dans le douar Al-Arab, commune d’Asni. Il vivait sous tente depuis septembre 2023, après l’effondrement de son habitation, sans avoir bénéficié du soutien promis.
Plus choquant encore pour les habitants, les autorités auraient procédé, selon les mêmes sources, au démantèlement de tentes encore occupées, laissant des familles, dont des veuves et des personnes vulnérables, passer la nuit à la belle étoile. Une décision vivement dénoncée par les militants, qui y voient une tentative d’ « effacement visuel » de la pauvreté plutôt qu’une réponse humanitaire adaptée.
Où sont passés les fonds de la reconstruction ?
Face à cette situation, de nombreuses questions demeurent sans réponse. Plus de deux ans après le séisme et malgré l’annonce d’un budget de reconstruction estimé à 120 milliards de dirhams, des citoyens continuent de mourir dans des conditions indignes.
Les organisations et mouvements citoyens s’interrogent sur la destination réelle de ces fonds et réclament l’ouverture d’une enquête transparente sur la gestion du programme de reconstruction, ainsi que sur les raisons ayant conduit à l’exclusion de certaines familles du soutien public.
Répression des voix contestataires et poursuites judiciaires
Parallèlement à la détresse humanitaire, plusieurs cas récents illustrent un durcissement des autorités à l’encontre de citoyens et militants ayant dénoncé la gestion du post-séisme.
Début décembre 2025, l’arrestation d’un sinistré, après la destruction de sa tente dans la province de Taroudant, a suscité une vive indignation. Selon des organisations de défense des droits humains, l’opération de démolition aurait été menée sans notification préalable ni base juridique claire.
Le sinistré, exclu des aides publiques, a été poursuivi pour « outrage à fonctionnaire » et autres chefs d’accusation, une affaire perçue par les militants comme emblématique d’un usage abusif de l’autorité à l’encontre de victimes déjà vulnérables.
Cette affaire fait écho à un précédent marquant survenu en janvier 2025, lorsque Saïd Aït Mahdi, président de la Coordination des sinistrés du séisme d’Al-Haouz, a été condamné à trois mois de prison ferme pour avoir critiqué publiquement la gestion des autorités locales. Cette condamnation avait alors ravivé les inquiétudes quant au respect de la liberté d’expression et du droit de contestation.
Appels à la mobilisation et à la responsabilité
Face à l’aggravation de la situation humanitaire et à la criminalisation des protestations, le mouvement GenZ212 et plusieurs acteurs de la société civile tiennent les autorités pour pleinement responsables de ce qu’ils qualifient d’atteinte grave à la dignité humaine et aux droits fondamentaux.
Dans ce contexte, plusieurs mouvements citoyens et organisations de la société civile avaient appelé, le 9 décembre dernier, à une mobilisation devant le siège de la préfecture de Chichaoua afin de réclamer des solutions de relogement et une prise en charge humanitaire effective.
Cette initiative témoigne de la persistance de la colère et du sentiment d’abandon parmi les populations sinistrées.
Les organisateurs rappellent que « la dignité humaine est une ligne rouge » et estiment que maintenir des citoyens sous des tentes, exposés au froid, à la répression et parfois à la mort, engage une responsabilité politique et morale majeure.
Alors que les sinistrés d’Al-Haouz affrontent leur troisième hiver consécutif sous des tentes de fortune, la crise dépasse désormais le cadre humanitaire pour devenir un véritable enjeu de droits humains et de gouvernance publique.
(AL24NEWS)




