Maroc : le CPJ démasque le gros mensonge de la grâce royale sur des journalistes marocains

La grâce royale marocaine décrétée il y a quelques mois sur trois journalistes détenus pour leur militantisme s’est révélée être une manière malhonnête et un gros mensonge du Mohamed VI, a dévoilé une enquête du Comité pour la protection des journalistes (CPJ).
Dans les jours et les semaines qui ont suivi cette grâce, les trois journalistes marocains graciés font face à des menaces et à des calomnies après leur incarcération, a fustigé l’ONG basée aux Etats-Unis.
« Lorsque les autorités marocaines ont libéré trois journalistes de premier plan en juillet, dans le cadre d’une grâce collective commémorant les 25 ans de règne du roi Mohamed VI, leurs amis et leurs familles ont célébré leur libération. Mais l’enthousiasme a été de courte durée. Taoufik Bouachrine, Soulaiman Raissouni et Omar Radi ont été humiliés dans les médias, traqués et harcelés depuis leur libération », précise l’enquête du CPJ, publiée cette semaine sur son site internet.
Bouachrine, Raissouni et Radi sont devenus des icônes mondiales de la lutte pour la liberté de la presse au Maroc après avoir été arrêtés dans des affaires distinctes entre 2018 et 2020 et condamnés respectivement à 15, 5 et 6 ans de prison dans des faux procès visant à les faire taire, vivement dénoncés et critiqués par leurs avocats, d’après leurs témoignages aux CPJ.
L’ONG a regretté que « bien que les journalistes soient libres, ils doivent toujours supporter le fardeau de ces condamnations, une situation exacerbée par le manque de communication des autorités sur les conditions de leur grâce », déplorant que « Bouachrine, Radi et Raissouni ne savent pas si leurs peines ont été commuées ou s’ils ont été totalement innocentés, une distinction significative en termes de capacité à retourner au travail ».
Le CPJ a envoyé un courrier électronique au ministère marocain de la Justice concernant les conditions de grâce des journalistes et au ministère de l’Intérieur pour obtenir des commentaires sur le harcèlement auquel sont confrontés les journalistes, mais n’a reçu aucune réponse.
Pire encore, « l’insécurité des journalistes est aggravée par un harcèlement intense, en grande partie dirigé par les médias pro-gouvernementaux, dans lesquels la famille royale et de puissants hommes d’affaires détiennent des participations. Des sociétés de médias, dont Barlamane.com, Chouf TV et Maroc Médias, ont publié des articles sur les accusations portées contre Bouachrine, Radi et Raissouni tout en ignorant les preuves prouvant leur innocence, qui, selon les journalistes, ont joué un rôle central dans leurs condamnations ».
Maintenant que les trois journalistes sont libérés, les diffamations ont repris, s’indigne l’ONG.
Des semaines après la libération des journalistes, le site d’information pro-gouvernemental Al-Jarida 24 les a qualifiés de « faux héros » et a fustigé un groupe de défense des droits de l’homme qui les avait accueillis pour une conférence de presse, les accusant de « glorifier des individus au passé sombre ».
Aida Alami, journaliste marocaine et professeure invitée à la Graduate School of Journalism de l’université Columbia à New York, a expliqué que cette couverture négative correspondait à un schéma.
« De telles attaques sont courantes au Maroc et ne visent jamais à soulager la pression exercée sur les journalistes libérés, même après leur libération », a-t-elle déclaré, cité dans l’enquête du CPJ.
Elle a cité le cas de la journaliste Hajar Raissouni. La nièce de Raissouni a été diffamée sur le site d’information pro-gouvernemental Barlamane.com après avoir reçu une grâce royale pour une condamnation en 2019 lors d’un faux procès.
Plus récemment, Barlamane.com s’en est pris à son oncle Raissouni pour avoir accordé une interview au journal espagnol El Independiente en septembre, décrivant la grâce royale comme « une correction aux crimes commis par les services de renseignement contre nous et nos familles avec un manque d’éthique jamais vu auparavant au Maroc ».
AL24News




